Shoot and Kill

A History of Violence

10 novembre 2005

1001 Nights, 1998, Mike Smith/Yoshitaka Amano, USA/Japon

1001nights1

Synopsis :
Ils m'entrainent au bout de la nuit,
Les démons de minuit.
etc...

Yoshitaka Amano a débuté en tant que character designer (comme la majorité des dessinateurs au Japon) sur des séries telles que Gatchaman ou Vampire Hunter D et s'est ensuite tourné vers l'illustration fantastique, notamment sur les oeuvres de Moorcock. Son style est aisément reconnaissable, entre élégance macabre et mysticisme, fantastique et naturalisme. 1001 Nights est une tentative de transposer les travaux de Amano en animation. L'initiative vient de l'auteur lui-même et prend pour base son recueil du même nom. Il a fait appel à Mike Smith, un des responsables des séquences d'animation de Natural Born Killers, pour l'aider dans son projet. Le résultat est absolument magnifique, moins démonstratif qu'on aurait pu le penser et émotionnellement intense. On a le droit à un véritable feu d'artifice graphique aux 4 coins de l'écran et ce à l'aide de techniques variées (de l'aquarelle à la 3D en passant par tout et n'importe quoi).
En dehors du préambule en anglais lu par Gena Rowlands, le film est totalement dépourvu de dialogue. La compréhension se faisant uniquement par l'image. Et par la musique aussi ! Et quelle musique... Le film est porté de bout en bout par une composition de David Newman, utilisant aussi bien des instruments classiques que la guitare électrique et le synthé. A savoir que l'orchestre jouait live pendant le film, ce projet s'inscrivant dans le cadre d'une série de courts avec un score orchestral joué live baptisé Filmharmonic. Il a été montré/joué 4 fois aux USA et le son sur le dvd est une captation d'une de ces performances.
Pour ceux qui veulent se prendre un trip hallucinatoire dans la tronche, 1001 Nights est dispo en DVD au Japon pour la somme de 3500 yens (environ 35 euros avec les frais de port donc). Et si vous avez aimé et que vous êtes prêt à vivre une expérience aussi puissante, tentez L'oeuf de l'ange (Tenshi no Tamago) de Mamoru Oshii. Ou Troll 2 de Claudio Fragasso. Mais il y a des expériences qu'il ne faut mieux pas tenter.

Tout plein de jolies captures.

Posté par dirty_flichty à 14:21 - Asian Connection - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


16 septembre 2005

Godzilla Final Wars (Gojira : Fainaru uôzu), 2005, Ryuhei Kitamura, Japon

godzilla

Synopsis :
Des monstres attaquent la Terre, des extra-terrestres tuent les monstres, Godzilla combat les extra-terrestres. Tadaaaaaaam !

Pour fêter les 50 ans de notre bêbête préférée, j'aurais préféré n'importe qui derrière la caméra plutôt que Kitamura. Mais ça, c'était avant de voir le film. Pour faire simple : Godzilla Final Wars fait partie des meilleurs kaiju eiga récents qu'il m'ait été donné de voir avec la trilogie Gamera de Shusuke Kaneko (aux oubliettes les Godzilla des 90's). Tout est là pour ranimer la nostalgie de l'époque Inoshiro Honda et consorts : les maquettes plus ou moins réussies, les mecs en déguisements caoutchouteux, les rebondissements naïfs. Un bonheur.
Je dois être assez maso je pense, je déteste le cinéma de Kitamura et je vois pourtant tous ses films. En même temps ça m'octroie plus de raison que quiconque de donner mon avis (négativement pas cool). Versus, Aragami (le Duel Project avec 2LDK, qui lui est bien sans plus, ce qui est mieux que "à chier avec mention"), Skyhigh, Alive, Azumi, pas un pour remonter le niveau. Même Heat After Dark est chiantissime alors qu'il ne dure que 45 minutes. Un exploit. En plus on me l'avait vendu comme son meilleur film, bravo. Mais là je suis obligé de ranger mes à-prioris bien au fond de mes poches, Godzilla Final Wars est une sorte de rêve d'enfant, le film que j'avais toujours voulu voir. Fun, décomplexé, jouissif, une certaine idée du bonheur. Une poursuite en moto nawakesque qui pourrait bien être MA scène d'action de l'année, un combat entre gros streums se terminant en partie de foot à échelle terrienne, j'en passe et Jacques intercepte. Mercenaires. D'acier. Hérazade.
On voit que Kitamura connait ses leçons kaijuiennes sur le bout du coeur ou par doigts malgré quelques réminiscences matrixiennes de mauvais aloi. Mais on ne lui en veut pas. Enfin moi je ne lui en veux pas. Qui peut se targuer, cette année en tout cas, de m'avoir fixé un sourire au visage pendant 2 heures ? Hein, qui ? Et ben oui personne. La musique de Keith Emerson est quant à elle un véritable plaisir coupable et régressif avec ses synthé Bontempi. Et voir Don Frye en militaire moustachu et véritable usine à punchlines l'est tout autant. Si on l'avait vu faire des prises de catch sur le E.T.'s je crois que ç'eut été le Nirvâna. Et vive Mothra la mite géante !
Alors oui c'est mal branlé et c'est moche (rhoo les CGI foireux, j'aurais jamais cru ça possible en 2005), mais qu'est-ce qu'on prend son pied !

Trailer
Extrait de l'OST

Posté par dirty_flichty à 21:26 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 septembre 2005

Otakus in Love (Koi no mon), 2004, Matsuo Suzuki, Japon

otakus

Synopsis :
La rencontre de deux individus qui va tourner en je t'aime/moi non plus.

En voilà un drôle de film. Otakus in Love est bancal du début à la fin. Pas dans le genre raté, dans le genre "Et si on faisait un truc bancal exprès les mecs ?" Comme si tout pouvait se casser la gueule d'un moment à l'autre. Le but étant de destabiliser le plus possible l'auditoire. Le jeu des acteurs est à la limite du faux, la mise en scène oscille entre moments de grâces et mouvements abruptes, le scénario donne l'impression d'avoir été improvisé tout au long du tournage. J'en veux pour preuve ces multiples fins tout le long du film comme si ils pensaient en avoir fini et puis finalement non. Du free-cinéma en gros. Otakus in Love est l'équivalent cinématographique d'un John Zorn. Tout en restant un minimum mainstream, et ça, c'est fort quand même. En fait, le début est assez effrayant. Coolitude absolue, mise en scène branchouille, acteurs hype (Ryuhei Matsuda), ça tente de surfer sur la vague Go et consort. Les boules quoi. Et puis le boeuf commence et ça part pour de bon. Tout s'enchaine dans l'illogisme le plus joyeux mais il reste cohérent dans son incohérence. Farpaitement !
En plus de sa construction narrative radioactive (carrément ouais), le film a d'original de traiter le monde merveilleux des otakus, ce que peu osent faire de peur de s'attirer les foudres de cette communauté surpeuplée. Cosplay, karaoké de génériques, mangas, tout y passe. Aoki découvre se monde les yeux écarquillés, il n'y est pas à l'aise. Son univers ce sont les cailloux et les bizarreries qu'il fait avec. Et qu'il appelle manga. Koino est l'otaku lambda, deconnectée de la réalité (son seul point d'attachement est son travail ennuyeux de fonctionnaire), qui va embarquer Aoki là-dedans. Comme le suggère le jeu de mot du titre original, ils ne font qu'un.
Matsuo se permet toutes les folies : séquences musicales ou surréalistes, utilisation des codes mangakesques dans la mise en scène, split-screen pertinent. Et tout ça avec légèreté. C'est son premier film en tant que réalisateur mais on a pu le voir dans Ichi the Killer ou Ping Pong. Il incarne également un des acteurs principaux du film, un ancien mangaka ayant arrêté le dessin et tenant à présent un manga-bar. On notera plusieurs caméos surprenants comme les réalisateurs Shinya Tsukamoto et Takashi Miike (qui danse très bien, je l'en félicite).

Captures diverses
Site officiel
Ze cadeau surprise ultime

Posté par dirty_flichty à 14:41 - Asian Connection - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 août 2005

Sagai United, 2004, Somching Srisupap, Thaïlande

sagai_united

Synopsis :
Une équipe de foot composée de membres de la tribu Sagai veulent gagner la coupe nationale pour sauver leur congénères d'une maladie inconnue. Ne cherchez pas à comprendre.

Des gens mal intentionnés et peu scrupuleux me l'ont vendu comme le "Shaolin Soccer thaïlandais". Je les hais à tout jamais, que Dieu ait pitié de leur âme. Les Thaïs se sont fait une spécialité du film sérieux impossible à prendre au sérieux si on est pas du pays. Sagai United rentre de plein pied dedans. Et quand on joue au foot, le pied, c'est primordial. Ne connaissant absolument pas cette tribu, ne sachant même pas si elle existe (et ça se saurait si Internet servait à chercher), je ne peux absolument pas dire si les faits énoncés dans le film sont véridiques. Pas par rapport à la coupe bien sûr, je suis stupide mais pas à ce point, mais par rapport à tous ces éléments "les sauvages découvrent la civilisation". Attention, c'est pas Un Indien dans la Ville, ils portent des t-shirts, des shorts, connaissent la TV, mais sont totalement ignorant des moeurs des gens de la ville. Et ne comprennent apparemment pas le second degré, comme les scénaristes. Et là, c'est le drame : la civilisation les perverti ! Ils se droguent madame, ils fument, ils boivent, ils dansent dans des naïte-cloub et ça détruit leur football ! Ca les fait oublier pourquoi ils sont réellement venus. Et pourquoi déjà en fait ? Ah oui, pour gagner une coupe en alu qui guérira les plaies gangrénées de leurs potes. L'alu magique au service du bien, super thème ça. Original et tout. Alors évidemment, ça déborde de bons sentiments de partout, bleuaaaargh, bleuuaaaaaaaaaargh (bruit d'un sentiment qui déborde). Hallucinante naïveté du film proposant des séquences surréalistes au ralenti, musique tire-larme à l'appui (ben non puisqu'on tire qu'on te dit). C'est beau et niais. Mais Beau. Mais niais. Beau et niais sont sur un bateau, beau tombe à l'eau, il reste niais tu vois ? Ben là c'est pareil. Sauf que c'est sur un terrain de foot. Et que les matchs sont über-chiants à regarder. Le comble pour un film traitant de ça.
Cependant, je dois avouer qu'arrivé à la moitié du film, je me suis pris au jeu. Après tout, c'est aussi bien fait que n'importe quel film sur le sport avec les mêmes clichés et la même fin qu'on connait d'avance. Un film positif, prônant le respect, la tolérance, la bonté d'âme, la générosité : moi ça m'émeut. Mais 2 minutes hein, pas plus. Faut pas déconner...

Site officiel (à l'écran d'accueil résumant l'esprit du film)

Posté par dirty_flichty à 15:19 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 août 2005

2 Stephen Chow pour le prix de 2

Un peu de rires dans ce monde noir et absurde rongé par la mal-être de la population qui le souille. En gros : wéééé, c tro fun Stephen Chow !

loveondelivery

Love on Delivery, 1994, Lee Lick Chi, HK

L'histoire d'un pauvre livreur amoureux d'une fille qui n'attend qu'un héros pour sauter dans ses bras. Peut-être qu'en se mettant au kung-fu, son rêve va s'accomplir.

Sûrement un des meilleurs film de Chow en tant qu'acteur, Love on Delivery nous apprend qu'on peut vaincre un homme en se roulant en boule. Et ça, c'est pas rien. On retrouve toute la tribu habituelle : Ng Man-Tat en faux maître kung-fu qui n'en est pas un mais en fait si, Lee Lick Chi, Wong Yat-Fei. Et ils s'en donnent tous à coeur joie. Comme d'habitude dans les comédies burlesques HK (mau lei to !), les scènes s'enchainent avec un soucis d'incohérence incroyable, tant que c'est n'importe quoi et que ça fait rire : on-s'en-fout ! Si voir 30 mecs déguisés (enfin qui essaient de l'être) en Garfield serrés comme des sardines dans une voiture vous fait rire, si vous prenez votre pied en voyant Stephen Chow se battre comme une bouse mais avec un air sérieux, hé bien une seule chose à faire : louer un film d'Andrei Tarkovski.
Ou Love on Delivery. Mais c'est kif kif bourricot comme dirait l'autre.

sixtymillion

Sixty Million Dollar Man, 1995, Raymond Yip, HK

L'histoire d'un riche play-boy dont la vie va basculer du tout au tout le jour où il se verra transformée en machine à ....àfaire quoi au fait ?

Wong, 8 ans, doit faire une rédaction pour la rentrée des classes. Débordant d'idées incroyables et talentueux comme c'est pas permis, il prend sa plume et se met au travail :
Alors c'est un monsieur qui es riche et qui ce lave dens sa piscine et pis apres il va à l'école. Il rencontre un autre monsieur qui est un professeur scientifique et qui a un labo bizare avec des monstre. Le premier monsieur il se dispute avec des mechants et il explose. Il reste pu que sa bouche et son cervo cerveau. Le deuzième monsieur le fé revivre mais il es special après. Enfin pour l'instan il a un tuyau et un robiné à la place du zizi (hihihi). Il en a mare que les gens se moque de lui alor il veut sauté du balcon mé le professeur lui donne une puce et la il devient un superman avec dé pouvoirs et tout. Il peu se transformé en cocotte-minute et en denti tube de dentifrice et aussi en aspirateur. Mé a la fin le mechant il le retrouve et il a un super robot avec lui alors y a un gro combat et tout et le genti il se transforme en micro-onde pour le vaincre.
Fin.
Alors oui c'est filmé avec les pieds, c'est incroyablement débile (plus que vous ne pourrez jamais l'imaginer) mais tellement jouissif de par sa connerie exhubérante. On a même le droit à des parodies de Pulp Fiction et des Sous-Doués (eux aussi s'inspirent de nos classiques). Je met une note de "vive l'humour régressif"/10.

Posté par dirty_flichty à 19:38 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Neo Tokyo (Manie-Manie), 1987, collectif, Japon

manie_manie__1_1

Synopsis :
3 segments, des courts d'animation plus exactement, ayant pour thème commun le rêve (et donc le cauchemar) :
- Labyrinth laburinthos : les déambulations d'une petite fille et de son chat au milieu de décors et de personnages fantasmagoriques
- Death Circus : un pilote participant à des courses de voitures mortelle ayant complètement perdu le sens des réalités
- L’ordre de stopper la construction : un homme assistant un chantier commandé par des robots incontrôlables

Réalisé un an avant Akira par des grands noms de l'animation japonaise (mais tous n'avaient pas encore connu leur heure de gloire), Manie-Manie marque un tournant en proposant quelque chose de beaucoup plus adulte que ce que le Japon produisait jusqu'alors. On pourrait presque la qualifier d'oeuvre visionnaire. D'apparence légers, les segments de Rintaro et Otomo sont bien plus sombres que l'on voudrait le croire, le premier délivrant des images poétiques mais désenchantées, le second proposant une vision fataliste du futur en critiquant la technologie. Celui de Kawajiri l'est ouvertement, mais on est habitué par son pessimisme et sa noirceur. Leur dessein est le même : expérimenter tout en racontant une histoire.

Dans Labyrinth laburinthos, Rintaro (le seul des trois à avoir un véritable "bagage" en ayant travaillée avec des gens comme Miyazaki) nous conte l'histoire d'une jeune fille dans un univers imaginaire, sorte d'Alice au Pays des Merveilles version gothique. Elle y croise des silhouettes sombres, symbolisant la foule remplie de gens se dirigeant dans la même direction, tête baissée, menant leur vie morne et triste, ceux-ci se fonderont alors en goudron pour devenir de grandes murailles noires. Un clown la guidera jusqu'à un mystérieux cirque dont le rideau laissera découvrir le segment suivant. Avec ce court, Rintaro se lâche et teste diverses techniques pour dynamiser son récit. C'est absolument magnifique et malheureusement trop court, même si on retrouve la jeune fille et son chat à la fin.
Kawajiri (qui n'avait pas encore fait son Ninja Scroll) nous "offre" avec Death Circus une histoire peu originale mais magnifiée par le dessin, l'animation et la noirceur du propos. Ce pilote qui se donne corps et âme à son véhicule est prêt à tout pour remporter la victoire, jusqu'à se faire littéralement absorber par lui, pomper son énergie. Ou bien est-ce la voiture qui le commande. Le thème de la fusion chair/metal peut rappeller les meilleures heures d'un cinéaste comme Tsukamoto et quand c'est Kawajiri qui nous lance cela à la figure, ça ne peut faire que des étincelles.
De prime abord, le segment d'Otomo peut sembler être le plus simpliste, que ce soit du point de vue technique comme artistique. Mais les thèmes sous-jacents affluent (urbanisation démesurée, domination des machines sur l'Homme) et permettent à L’ordre de stopper la construction d'être le court le plus critique et acerbe des trois. Otomo montrera vraiment tout ses talents en animation l'année suivante avec Akira, certes moins intéressant que le manga original, mais techniquement ahurissant et en avance sur son temps.

Posté par dirty_flichty à 18:45 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 août 2005

Izo (Izô : Kaosu Mataha Fujôri no Kijin), 2004, Takashi Miike, Japon

izo

Synopsis :
Alors euh....pfffff.....c'est un mec, il est crucifié puis lardé de coups de lames et tout à coup il est à notre époque et il court et il tue des gens et pis là il se retrouve à une autre époque et il tue encore des gens et après il atterrit encore dans une autre époque et y a un ado entouré par un serpent et des papillons et des vampires et euh...merde...

Quand on regarde un film de Miike, on sait très bien qu'on va avoir à faire à quelque chose...d'autre. Et Izo nous le prouve une fois de plus. Sauf qu'ici, on est face à un condensé de l'oeuvre de Miike, son film le plus abouti, le plus riche. C'est un peu son 2001 à lui, surtout au niveau philosophique. Izo c'est un être humain et un démon en même temps, il a une âme mais il n'en a pas pas. C'est une perturbation, l'imperfection nécessaire à l'essence de la perfection humaine, dans tout ce qu'elle a d'inachevé et d'absurde. C'est parce qu'il est inacceptable qu'il est inévitable. C'est en cela que toutes les institutions le craignent : il agit selon sa bonne volonté et ne dépend de rien ni de personne. Politique et religion n'existent pas. Alors il tue car il ne sait que tuer. Il tue car c'est un Homme ou peut-être est-ce un Homme parce qu'il tue. C'est sa seule manière de s'exprimer, durant tout le film, il tue. Mais chaque meurtre est justifié, rien n'est gratuit.
Linéaire dans sa construction, Izo l'est moins dans ses thèmes. Il en brasse tellement qu'il est impossible de tout décrypter en une vision, voire deux. Je dois dire qu'il m'est difficile pour moi d'en parler tant je n'ai pas encore tout bien assimilé. Une chose est sûre : ceux qui n'aiment pas Miike l'aimeront encore moins et ceux qui ne le connaissent pas devraient éviter de commencer par Izo. Mon nippon préféré s'en est en tout cas donné à coeur joie. Il est d'ailleurs conscient du rejet qu'il peut occasionner même sur les adeptes de son cinéma. Cependant, certaines personnes verront le film pour une bonne et simple raison : Kitano y a un rôle. Minime mais ça leur suffira pour faire la folie de s'offrir un DVD qu'ils s'empresseront de revendre. On y voit également Ryuhei Matsuda en être androgyne, peut-être un Dieu ou un ange, qui sait. Miike s'est mis en mode "folie pure" pour faire le film, il n'y a aucun doute là-dessus. C'est en tout cas un aboutissement, un film somme : le film de la maturité. Il a depuis décidé de freiner le rythme, fini les 4 films par an accompagné de 3 téléfilms, 10 clips et 2 séries TV. Le prochain est bien évidemment Yôkai Daisensô , une nouvelle adaption des Yôkai Monsters qui ont tant fait rêver les japonais dans les années 60.
Je concluerai de façon concise et direct, on est pas là pour rigoler, en disant que c'est un film à voir en amoureux ou avec sa famille pour passer un merveilleux et agréable moment plein de tendresse et d'amitié. Bisous les amis.

Trailer
Extrait du film (Waouh ! C'est Byzance !)

Posté par dirty_flichty à 23:42 - Asian Connection - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Bangkok Loco, 2005, Hongrathanaphorn Phornchai, Thaïlande

bangkok_loco

Synopsis :
Bay, batteur de sa non-profession, est accusé d'un meurtre qu'il n'a, peut-être, pas commis. Il demande alors l'aide de ses amis, membres du groupe PC. Sans oublier que c'est bientôt le duel des Dieux de la batterie. Serait-il possible que tout cela soit un coups monté ?

En Thaïlande, quand un mec trouve un concept, il en fait un film et après il brode autour. Là l'idée c'est : la batterie comme arme ultime. Le fait que j'en joue ne m'a absolument pas incité à voir le film, pas du tout ! Et ceux qui diront le contraire diront le contraire sans que je sois d'accord qu'ils le disent.
Alors c'est en quoi en fait Bangkok Loco ? Un petit suisse nucléaire ? Une gastro-antérite métallique ? Un sombrero mérovingien ? Un peu de tout ça mais en fait non. Enfin si. Mais non. C'est surtout un mix de ZAZ, d'humour thaïlandais (définition simple : à côté, Wong Jing c'est Lubitsch), de comédie musicale et de coupes de cheveux pire que moi, moi et moi réunis. Ca fuse de partout, c'est le bordel et en plus c'est drôle. La première demi-heure c'est 30 minutes (extraordinaire !) de gags non-stop cons, lourds, gras, débiles, stupides et cons. Entre le chien qui fait le salut militaire, le commissaire de police aux oreilles noires, les micros tendus aux protagonistes, le projecteur humain, le sosie thaïlandais de Ringo Starr et j'en passe, y a de quoi faire. Alors évidemment après ça, le freinage se fait ressentir mais sans pour autant nous ôter notre dose de délire en intraveineuse.Sans compter les nombreuses références à des films Thaï plus ou moins connu (Nang Nak, Satreelex). En plus, le film est plutôt soigné au niveau des costumes (typés 70's), des décors et des paysages (toute une partie d'un champ peinte en bleu). Attention ça rigole pas. Les Thaï ont décidé de véritablement rivaliser avec le premier du podium de ce type de comédie : Hong-Kong. Et pour le coup, ben ils ont l'air con les chinois. De plus, l'apport de la batterie amène un dynamisme de bon aloi. Pour moi en tout cas. Après Sars Wars, je suis sous le charme de leur humour alors qu'avant, ça me sortait par les trous de nez. Ou d'ailleurs.
Je verrais bien le film faire une carrière internationale mais je comprends tout à fait qu'on puisse y rester hermétique. J'ai d'ailleurs parlé au mec le plus hermétique du monde, il s'appelle Ware, Tupper Ware. Ouah, masterpiece !

Trailer
Le site officiel
Un extrait du film (je suis vraiment trop gentil, 22 Mo quand même)

Posté par dirty_flichty à 22:37 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 août 2005

Love Song for a Rapper (Rappaa Bojou), 2003, Sho Fujiwara, Japon

lovesong

Synopsis :
Une famille désorientée...une mère et ses trois fils....
Le plus jeune, Ma-Kun a pour passion le base-ball mais est incroyablement nul et trouve une échappatoire en se gavant de chips et de coca.
Le suivant, Ken, dessine des mangas mais n'a aucun talent.
L'aîné, Toshio, qui a quitté la maison, voulait devenir rappeur et a soit-disant un "grand projet" en route.
Ce qui les attend n'est rien par rapport à ce qu'ils vivent déjà.

Film indépendant voire underground, Love Song for a Rapper sera sûrement rejeté en bloc par beaucoup de monde. Sa radicalité, que ce soit au niveau technique ou artistique, y est pour beaucoup. De par ce fait, et de par son sujet, on peut le rapprocher du Visitor Q de Takashi Miike : une sorte d'analyse de la cellule familiale japonaise dans toute sa décrépitude qui montre bien que le pays du soleil levant n'est pas que symbole de pop mielleuse et de pokemons. Les deux diffèrent cependant pour ce qui est de la forme : DV 1:33 pour Miike et Betacam en Scope pour Fujiwara (superbe travail de montage d'ailleurs). Tourné avec de faibles moyens, le film compense par les nombreuses idées (narration, mise en scène) qui le jalonne tout du long.
Faisant preuve d'un cynisme incroyable, le film montre le Japon des perdants. Tout le monde est dans la détresse économique (personne ne travaille, la mère vole de la nourriture pour son fils), le peu de choses heureuses qu'ils leur arrive est automatiquement gâché par un comportement stupide (après avoir rencontré une fille simple d'esprit qui veut bien de lui, Ken saborde leur relation en voulant absolument un rapport anal). Pas un qui n'arrive à se dépêtrer du désespoir dans lequel il vit. Certains essaient bien sûr. Ken, toujours lui, désirant à tout prix faire carrière dans le monde du dessin va montrer ses planches, désastreuses, à un éditeur. Vexé par son refus, il va se mettre à le harceler téléphoniquement (24 500 appels !). Il sera arrêté par la police puis jeté en prison. A sa sortie, il sera considéré comme un paria. Après que son frère soit devenu aveugle à cause d'une agression basée sur un malentendu (un père à qui on a dit que Ma-Kun avait violé sa fille), son seul désir sera de l'aider à se mouvoir sans l'aide de personne pour pouvoir continuer le base-ball malgré sa cécité. Ces séquences, s'inspirant des entrainements des films de kung-fu, sont le point d'orgue du film et font preuve d'un tel pathétisme cruel qu'il est impossible de ne pas rire jaune.
Déjà très peu cohérent dans sa construction (volontairement), le film va basculer dans la folie furieuse lors d'une dernière partie au surréalisme et aux débordements gores totalement assumés. Sûrement la seule échappatoire possible à toute la misère des personnages voire du film. Le paysage volcanique donne l'impression d'assister à un cauchemar éveillé dont il est impossible de s'enfuir. Comme si la méchanceté dont faisait preuve la totalité des personnages s'était transformée en une entité vivante dévastant tout sur son passage. Love Song for a Rapper n'est définitivement pas un film à mettre devant tous les yeux, pas tant pour sa violence que pour sa radicalité extrême à tous les niveaux (retour au point de départ, le première critique à lire en boucle continue).

love_song_for_rapper_affiche1

Posté par dirty_flichty à 00:14 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 août 2005

Le roi Singe (A Chinese Odyssey), 1995, Jeff Lau, HK

chinese_odyssey_2

Synopsis :
Le Roi Singe est un être surhumain, un immortel, mi-homme, mi-singe, il est plein de pouvoirs. Il parcourt la Chine Médievale avec son maitre pour récupérer les saintes écritures... mais il en a assez, décide de n'en faire qu'à sa tête et renie son maitre. Les Dieux, déçus par son attitude, le défient et le réincarnent 500 plus tard en simple voleur. Plus rien ne subsiste de sa mémoire à part quelques rêves récurrents. De nombreuses aventures, des combats et des relations émotionnelles l'attendent.

Divisé en deux parties distinctes d'1h30 chacune (La boîte de Pandore et Cendrillon), le film possède cependant un contrat des charges identique pour les deux : créer un énorme bordel sans queue ni tête, un tourbillon d'émotions fortes pour recracher le spectateur un peu plus con qu'il ne l'était déjà avant de regarder le film. Et je dois bien avouer que c'est totalement réussi. En gros, Le Roi Singe prend tout ce qui fait le succès du ciné HK depuis deux décennies et mélange tout ça : comédie burlesque parfois grasse mais toujours hilarante (le fameux mau lei to), wu-xia décomplexé, délires loufoques. Et cela sans jamais être indigeste. Bon, il évident que ça laissera pas mal de monde sur la touche à partir du moment où ça part en saucisson (au bout de 2 minutes donc). Mais qui peut résister à Ng Man-Tat donnant une vingtaine de coups de pieds dans les parties génitales de Stephen Chow pour tenter d'éteindre le feu qui y prend ? Hein qui ?!
Comment parler d'un tel film sans sombrer dans la folie ? Et bien en utilisant la solution dite "du gros flemmard" : citer certaines séquences résumant à la perfection à quoi on a à faire. GO !
- Stephen Chow courant sur les mains aussi vite que Carl Lewis sur les jambes pour échapper à une araignée géante
- un Roi Taureau dont l'armée est constituée de ses puces qui grandissent à l'échelle humaine
- 20 minutes où on répète 36 fois la même séquence dans une grotte avec Stephen Chow qui court, et qui court, et qui court...
- des changements de corps destinés à ce qu'on ne comprenne définitivement plus rien à quelque chose dont on ne comprenait déjà pas grand chose (justement)
- un maître bouddhiste chantant son psaume sur l'air de "Only You"
- un Roi Singe qui tabasse un Roi Taureau avec une massue géante de 20 mètres de long
- un village qui va rentrer en collision avec le soleil à cause d'une tapette métallique géante qui le propulse en se secouant (!)
Et malgré tout ce délire, on a le droit à des scènes sombres et violentes et une fin magnifiquement triste. Voilà pourquoi le cinéma HK reste un de mes préférés, on ne sait jamais à quoi s'attendre et on peut tout se permettre. C'est ça prendre des risques, quelque chose que l'on ne connait pas trop de par chez nous.

Posté par dirty_flichty à 00:34 - Asian Connection - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »