15 juin 2007

John Waters presents : A Dreamland Tales

Né en 1946, John Waters c'est avant tout un (grand) gamin des années 50 grandissant avec un goût prononcé pour le morbide, le sang et la violence, un ado qui va regarder des films pour adultes au drive-in du coin aidé de sa paire de jumelle fétiche et un jeune homme fan d'archives gynécologiques, fasciné par les exécutions et entouré d'amis étranges tous baignés dans la contre-culture la plus crasse. C'est avec eux et sa moustache en hommage à Little Richard qu'il va commencer à tourner des films muets en 8mm et 16mm à partir du milieu des 60's, films qu'il projète ensuite à Baltimore dans divers endroits loués par ses soins (y compris des églises). Distribution de flyers à même la rue et bouche-à-oreille aidant, il se fait un nom dans la ville qu'il ne quittera jamais cinématographiquement parlant.
John Waters c'est aussi un homme de grande culture qui n'hésite pas à citer Otto Preminger, Pier Paolo Pasolini, Robert Bresson, Russ Meyer et Herschell Gordon Lewis dans la même phrase lorsqu'on lui demande ses influences. Il n'est donc pas étonnant d'apprendre qu'il est abonné aux Cahiers du Cinéma depuis un bon moment maintenant (on voit d'ailleurs Divine lire le n°314 dans Polyester avant de pousser un soupir et le balancer derrière lui/elle). Dès son enfance il montrait son amour pour le cinéma en proposant des spectacles de marionnettes inspirées des films de William Castle à ses petits voisins. Des anecdotes intéressantes, croustillantes, pétillantes et émotionnellement très fortes s'il en est.
Ah oui, on le confond souvent avec Steve Buscemi.
Incroyable ! Ce blog tu pourras plus le quitter, tu vas vouloir ton quota de potins journalier, il va te coller à la peau.

Jusqu'à son second long-métrage, Multiple Maniacs, en dehors de Baltimore John Waters est juste un illustre inconnu ou peut-être un provocateur croisé par hasard sur 5 lignes dans la rubrique Faits Divers de l'état voisin. Mais Pink Flamingos va changer la donne en devenant un véritable succès en tant que Midnight Movies et rester sur les écrans de la 42ème rue de New York pendant près d'une douzaine d'années, les gens y allant comme un défi à leur tolérance au mauvais goût et y retournant ensuite pour le fun. Ca marche donc plutôt bien pour Johnny.
De Mondo Trasho à Desperate Living, les films de Waters vont d'amateur à semi-amateurs, mettent en exergue une certaine culture du mauvais goût, ne s'imposent pas de limites et débordent d'une énergie et d'une fougue incomparables. On y retrouve la même fine équipe : Divine, Mink Stole, David Lochary, Edith Massey, Mary Vivian Pearce ou encore Cookie Mueller (malheureusement presque tous décédés avant 1990, Stole et Pearce continuent eux à faire des apparitions dans les films de Waters. Vu qu'ils ne sont pas morts. Donc). C'est cheap, techniquement aussi pauvre que le budget avec lequel c'est tourné, les intérieurs sont décorés de couleurs et tentures que même ma voisine jèterait à la poubelle et ça suinte l'Amérique très profonde à tous les coins de l'écran. Bref, un bonheur de vraie transgression et vraie provocation qui, j'imagine, devait être un véritable vent de fraicheur (au figuré seulement) pour une population qui se sentait engoncée dans des conventions culturelles et sociales rébarbatives et frustrantes.
Polyester et sa banlieue pavillonnaire aux pelouses bien tondues peut être considéré comme le film de transition vers une autre période de son cinéma, des films nostalgiques d'une certaine Amérique des 50's et 60's comme le prouveront Hairspray et Cry Baby par la suite. Finis les corps flasques et les bites pendantes, place aux jupes à pois et aux bananes aérodynamiques.
Serial Mom ouvre quant à lui le bal d'une ère plus "calme" sans pour autant oublier ce qui fait le charme des films de John Waters (personnages décalés, humour noir, situations farfelues, évocation du sexe sans taboo aucun). Le réalisateur s'est rendu compte que la provocation et le mauvais goût avaient complètement perdus de leur sens et nous le fait savoir durant un des nombreux stand-up où il raconte que des touristes venaient se faire prendre en photo dans le décor scabreux de son récent A Dirty shame.




MONDO TRASHO (1969)

Son premier long-métrage, quasi-muet et tourné en n&b avec 2000$ en poche (de l'argent emprunté à son père, comme pour tous ses premiers films). En dehors de quelques bruitages et gémissements, la bande-son est constituée de vieux tubes qui craquent d'un bout à l'autre du film lui donnant un côté assez flippant et destabilisant.
Ca commence par des décapitations de poules (sur le net je lis que ce sont des pattes qui sont coupés, mais moi j'ai l'impression que ce sont des têtes, bon faut dire que l'image est pas terrible) et ça se poursuit par une journée dans la peau de freaks typiquement Watersiens, entre fétichisme pédestre et visions de la Vierge Marie. L'intérêt du film est surtout historique, mieux vaut ne pas commencer par celui-ci sinon y aura pas grand monde pour les films suivants (mais à l'époque ils avaient pas le choix, où alors il fallait voyager dans le futur mais ça coûtait encore cher et on pouvait certainement pas se payer ça à Baltimore en 1969).




PINK FLAMINGOS (1972)

"Pink Flamingos was an antihippie movie made for hippies who would be punks in two years."

Pour son premier film couleur, John Waters se lance dans un film à gros budget (12000 $) en quémandant la semaine pour tourner le week-end. Une méthode efficace et approuvée par bon nombre de jeunes réalisateurs plein d'avenir. Le résultat n'attend pas : plus de 12 millions de dollars ont été glanés à travers le monde grâce à la magie de la location.
Si tout le monde l'a vu sauf toi, on y suit les parcours croisés de 2 familles se disputant le titre de la personne la plus dégueulasse. D'un côté Divine, sa mère en couche culotte et son fils enculeur de poules, de l'autre les Marble, kidnappeurs de jeunes femmes dont ils vendent ensuite les bébés au plus offrant. C'est bordélique, moche, joué avec deux pieds gauches, bourrés d'idées implacablement dégueulasses et on en redemande.
C'est d'ailleurs pour ça qu'on va aller mater Female Trouble  si on se dépêche et qu'on loupe pas le métro de 1974.

A savoir que John Waters avait prévu une suite appelée Flamingos Forever. L'histoire prenait place 15 ans plus tard avec Divine et sa famille (plus un petit-fils travesti de 8 ans) de retour à Baltimore. Sur leur route, des parents du couple Marble (le mari s'occupe d'un cimetière) vont leur donner du fil à retordre. Troma lui avait proposé 600 000$ pour tourner le film mais la mort de Divine et Edith Massey, indissociables du projet, l'en ont dissuadé. Le script original et intégral est dispo dans un bouquin appelé Trash Trio avec ceux de Pink Flamingos et Desperate Living.
Anecdote sympa, Elizabeth Coffey, le transexuel dont on voit le zigouigoui dans le film, se l'est fait ôter peut de temps après le tournage et avait donc fini sa transformation lorsqu'elle joue la copine de cellule de Divine/Dawn Davenport dans Female Trouble (faut jongler avec les pronoms personnels, ils nous font chier les transexuels).

Etat des lieux : zoophilie, cannibalisme, exhibitionnisme, ventriloquanus, scatophagie, meurtre, viol, fétichisme en tout genre, fellation incestueuse.




FEMALE TROUBLE (1974)

Dawn Davenport a une devise : Crime equals beauty. En dehors de la beauté de la quote, notez également l'allitération du nom, Waters aime beaucoup jouer là-dessus quand il donne des noms à ses personnages (Francine Fishpaw dans Polyester, Donna et Donald Dasher dans Pink Flamingos....).
Dawn, incarnée par Divine, développe un caractère très agréable depuis sa petite enfance : celui de garce. De grosse chieuse qui fait claquer son chewing-gum très fort pour embêter son professeur au lycée à mère indigne battant son enfant en passant par briseuse de joyeux nöel pour ne pas avoir eu la paire de talons aiguilles qu'elle souhaitait, Dawn est bien dans sa peau et c'est tant mieux pour elle. Même si quand elle se fait violer, on ressent un peu de chagrin (le violeur et la violée étant joués par Divine). Ah non que dalle. Bref c'est la descente aux enfers et c'est le pied pour nous autres spectateurs. Les situations sont plus variés que dans ses précédents films et même si on peut encore ressentir une part d'impro, c'est un minimum écrit. Comme d'habitude, les persos hauts en couleur ne peuvent qu'emporter l'adhésion totale de ceux qui aiment les coiffeurs hétéros que la mère, moulant ses formes flasques dans du cuir pas seyant pour un sou, cherche à transformer en coiffeur gay, l'insertion d'outils dans les excavations les plus personnelles et les vieux enfermés dans des cages à oiseau.
John Waters à son meilleur, que ce soit dit.

Etat des lieux : meurtre, fétichisme en tout genre, peine de mort sur chaise électrique (que John Waters a toujours chez lui), viol.




DESPERATE LIVING (1977)

Divine ayant des obligations pour jouer dans une pièce de théâtre, John Waters doit réaliser son premier film sans Divine. Et David Lochary étant mort d'une overdose peu de temps après Female Trouble, l'équipe habituelle se voit tristement réduite. Qu'à cela ne tienne, il ne va pas se laisser abattre et propose avec Desperate Living une sorte d'anti-conte de fée tout droit sorti de la benne à ordure.
En dehors des abonnés au casting de ses films, Jean Hills (180 kilos) fait sa première apparition en tant qu'aide-soignante de Mink Stole, en total nervoux-breakdown la pauvre, qui étouffe le mari de cette dernière en s'asseyant sur sa tête. Elles vont toutes deux être obligées de fuir vers Mortville non sans avoir à subir les assauts d'un flic bandant pour les sous-vêtements féminins. Liz Renay joue quant à elle une lesbienne dure à cuire qu'il faut pas venir faire chier (faut dire que sa "vraie" vie est pas des plus joyeuses : petite-amie de gangster, elle fait 3 ans de prison pour refus de le dénoncer et profite de son séjour pour écrire deux bouquins avant de devenir strip-teaseuse et de tourner dans des séries Z plus ou moins rigomarrantes dont pas mal de films de Ray Dennis Steckler. Elle est décédée en début d'année).
Mortville c'est donc le repaire de la lie de l'humanité, les parias d'une société qui ne veut pas les voir dans ses rues (la plupart joué par de vrais sans-abris trouvés ci et là). Pauvres, criminels, homosexuels, tous sont réduits à vivre dans des maisons en matériaux de récupération dont l'intérieur possède un décorum qui feraient palir les plus grands esthètes de ce monde. Et si ça suffisait pas, ils vivent sous le joug d'une reine cruelle (elle crée le Backward Day juste pour les voir marcher à reculons en portant leurs vêtements à l'envers et se foutre de leur gueule) et sa police SM toute de cuir vêtue.
C'est souvent hilarant, avec une toile de fond engagée et un côté presque punk qui fait plaisir à voir. Niveau réalisation pas de nette évolution (même s'il y a des travellings sur rail, incroyable !), on est pas là pour admirer les cadrages nom de nom ! Sûrement mon Waters préféré avec Pecker et Hairspray.
En cadeau bonus, on peut admirer les portraits de grands héros de notre temps comme Hitler, Amin Idi et Charles Manson. On les retrouvera dans Polyester.

Etat des lieux : bébé dans frigo, rat cuit, cannibalisme, tournante, meurtre, castration, tir de flingue anal, sexe lesbien anti-glamour (Jean Hill sur Mink Stole c'est particulier quoi).




POLYESTER (1981)

Wouhouh ! Le premier film en Odorama dis donc ! Un procédé qui nous est expliqué en introduction du film par un scientifique plutôt content de lui. Le principe ? Une carte avec des cases à gratter à chaque fois que le numéro correspondant s'affiche à l'écran. En plus de l'aspect gadget, Waters se permet d'en jouer lorsque par exemple le numéro 9 se met à clignoter à côté d'un bouquet de fleur à l'écran, aussitôt remplacé par une paire de chaussures malodorantes. Ahah ! Piégé le spectateur !
A vrai dire, une tentative de restituer des effluves avait déjà été tentée pour Scents of Mystery de Jack Cardiff en 1960. La tagline ? First they moved (1895)! Then they talked (1927)! Now they smell! Un film en "Glorious Smell-O-Vision!" que seuls les spectateurs new-yorkais pouvaient pleinement apprécier à l'aide d'un système de tubes en plastique accroché à chaque siège et propageant une trentaine d'arômes (vin, ail, tabac, banane, fumée de revolver...).
Polyester, réalisé 4 ans après Desperate Living, est plus soigné et plus carré que les précédents films du réalisateur, allant même jusqu'à utiliser la musique à des fins narratives et pas juste pour l'ambiance (cf. les apparitions de Tab Hunter, qu'on retrouve également derrière la chanson thème du film). Un aboutissement autant qu'un nouveau départ. Il nous dépeint la vie d'une famille banlieusarde type (en hommage aux films de Douglas Sirk, un de ses cinéastes fétiches). Enfin type... le père dirige un cinéma porno, la fille se dévergonde avec un maigrelet se prenant pour un gros dur et le fils se branle sur des photos de pied (se pourrait-il qu'il soit le.... mmmmmh). Seule la mère parait normale au milieu d'eux, étant jouée par Divine (qui fait comme d'habitude sa/son Divine) autant dire que la normalité a atteint un palier qu'il va être difficile de surpasser.
Comme pour ses précédents films (Divine dans Pink Flamingos et Female Trouble, Mink Stole dans Desperate Living), la mère est le personnage clé. Elle subit les pires outrages, est humiliée publiquement et tente tout son possible pour que sa famille reste soudée. C'est beau, j'en pleurerais presque. De rire. Parce que c'est drôle, pour de vrai. De toute façon un film avec un chien qui se pend au frigo en laissant un message a forcément compris ce qu'était le sens de l'humour.
Waters en profite pour disséminer ci et là des références au cinéma d'exploitation au porno et cinéma arty (Divine qui lit Les Cahiers du Cinéma donc), se fait plaisir se moque de l'avortement, de la mode, du mariage, des punks et nous offre un film qui fond sous la dent mais pas autant que le suivant.

Etat des lieux : rien de bien ragoûtant, en dehors des odeurs de four à gaz et de pets. C'est la fin d'une ère.




HAIRSPRAY (1988)

La première chose qui saute aux yeux lorsqu'on s'approche de la jaquette du film est le sigle PG-13. Pour un film de John Waters ça choque un peu au début et puis on se dit who cares ?
En 1962 à Baltimore, la mode est à la danse sautillante. Madison, twist, hully-gully, pachanga, une nouvelle chaque mois pour enthousiasmer les foules. Et quand on est ado et qu'on veut être au top du top, il faut participer au Corny Collins Show à la TV. Qui aurait cru que la boulotte Tracy Turnblad deviendrait la nouvelle égérie de l'émission ?
Pour son dernier film avec New Line, John Water nous sort la grosse artillerie : une semi comédie musicale (semi parce que les scènes de danses sont nombreuses mais pas intégrées à la narration avec paroles et tout le toutim) qui te dynamite la gueule de par l'énergie dégagée. On pourrait presque dire que la BO 60's fait un lien avec ses premiers films dont c'est quasiment ici le seul point commun (avec ses potes de casting). C'est pétillant, campy, poppy et plein d'adjectif briton en –py. En plus, le film parvient à intégrer un sujet comme la ségrégation et l'intégration tout en gardant un esprit enjoué et décalé. Avec de superbes répliques comme "Segregation today, segregation tomorrow, segregation forever!" (véritable citation de George Wallace, ancien gouverneur de l'Alabama), Ruth Brown en déesse de la soul à la voix rauque, John Waters himself en psychiatrique plus fou que ses patients, des scènes de danse endiablées (the Bug, LA danse à connaître si tu veux pas mourir con) et les tensions raciales utilisées comme ressort comique, Hairspray est un bonheur de film et le plus gros succès du cinéaste à ce jour qui a d'ailleurs donné lieu à une adaptation à Broadway récompensée de nombreux prix, sans oublier le remake réalisé par un tâcheron et qui sort le mois prochain aux USA. John Waters lui-même a été surpris par l'étiquette "film familial" accolée à sa sortie et en est plutôt content, il aime à raconter que les enfants viennent lui dire qu'ils aiment le film et ne savent pas que Divine est un homme.




PECKER (1998)

Sûrement son film le plus "gentil" à ce jour, ce qui ne l'empêche pas de toujours taper, moins fort dans ce cas là, où ça fait mal. Dans Pecker en l'occurrence, c'est la starification express synonyme de mise au pilori lors de la chute qui n'en est donc que plus douloureuse mais aussi une réflexion sur l'art et son absurdité.
Edward Furlong, quand il ne joue pas dans des navets cybernétiques dont ne voudrait pas un Frank Zagarino, est capable de grandes choses. Il est ainsi super super en jeune photographe amateur naïf devenant du jour au lendemain la nouvelle égérie des milieux artistiques branchés. Ce n'est pas seulement sa vie qui est chamboulée mais celle de toute sa famille et de ses amis. Et Waters de nous brosser d'acides portraits comme il sait si bien le faire : la grand-mère qui parle à sa statue de la Vierge marie, le copain pickpocket et obsédé sexuel ou encore la petite sœur accro aux sucreries qui une fois désintoxiquée se fait des rails de petits pois. Un film touchant avec Christina Ricci en t-shirt moulant, un photographe aveugle et des rats qui copulent 5 ans avant Bad Boys 2.
C'est d'la bonne mec !




A DIRTY SHAME (2004)

C'est marrant, plus ses films sont récents, moins j'ai de trucs à en dire. Pas qu'ils soient moins intéressants, c'est juste que ceux des années 70 débordent d'anecdotes colorées, d'acteurs exhubérants, d'un background plus riche et moins propret que les derniers quoi.
Faut dire que j'avais trouvé A Dirty Shame un peu lourd, enfin lourd, exténuant surtout. A force de vouloir trop en faire, de caser cunnilingus, bite, couille toutes les 30 secondes (ok c'est le thème du film mais dans Le Mans Steve McQueen il fait pas que conduire une voiture par exemple. Si ? ok), A Dirty Shame finit par avoir notre peau. Mais on lui pardonne avec le final en apothéose et le caméo d'un ami qui m'est très cher.
Ben ouais, c'est tout.
(je linkerais bien vers la critique que j'en ai fait à la sortie mais c'est tellement loin de ce que je pense maintenant qu'à vrai dire je vois pas trop l'intérêt)

Posté par dirty_flichty à 02:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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