14 janvier 2007
Hogfather, 2006, Vadim Jean, UK

Terry Pratchett adapté à l'écran, c'est pas tous les jours. Fêtons ça comme il se doit.
De prime abord, Hogfather (Le Père Porcher de par chez nous) est loin d'être un choix pertinent pour une première incursion live dans le Disque-Monde. Etant le 20ème livre de la série, les personnages ont un background assez riche, il est dès lors difficile de faire rentrer le néophyte dans l'univers de l'écrivain barbu. Mais ce choix tient plus de l'impératif commercial qu'autre chose. En effet, quand on sait qu'Hogfather rentre dans le cadre des programmes commandés par la chaîne anglaise Sky One pour les fêtes de noël, on comprend mieux le pourquoi du comment. Et puis après tout c'est pas si stupide que ça, à noël on regarde la TV en famille, le public ciblé sera donc assez large, un bon moyen de fédérer du monde et de donner suite à d'autres adaptations si jamais ça cartonne. Feuilleton au budget faramineux de 6 millions de livres (après ça dépend du nombre de pages de chacun) constitué de 2 parties d'une heure trente, Hogfather représente cependant une semi-déception.
Même si ça m'a fait incroyablement plaisir de voir s'animer mes
personnages littéraires préférés, je reste vraiment sur ma faim. Ca a
l'odeur et la couleur du Disque-Monde, mais ça n'en a jamais le charme et
la fantaisie.
Tout l'humour disséminé dans le feuilleton fait vraiment cul-serré comparé aux bouquins. J'oserais presque
dire trop british (alors que justement Pratchett évite cet écueil
lorsqu'il écrit). Alors bien sûr je souriais, plus que je riais (sauf
pour le Born To Rune au dos d'un manteau de sorcier, en référence à
Accrocs du Roc), mais plus parce que je me remémorais un tantinet la
vanne ou le gag dans le bouquin. L'autre problème étant l'adaptation en
elle-même, beaucoup trop littéraire. A un point où, malgré les décors
et les effets spéciaux, on a l'impression de regarder du théâtre filmé.
Tout passe par les dialogues, copier/coller directs du livre, et
quasiment rien par l'image. Du coup on se fait légèrement chier devant
à attendre le prochain échange de répliques savoureuses. Même pour le
découpage on a l'impression que Vadim Jean a simplement repris celui du
livre, les espaces entre les paragraphes amenant les changements de lieu
et/ou de personnages (c'est en partie pour cette raison que je ne fais pas de comparaison livre/téléfilm au niveau de la trame narrative, l'autre étant que j'ai la flemme). C'est aussi mou que le nom du réalisateur/scénariste quoi. Ca manque de tonus et
d'énergie.
Je vais pas être trop méchant non plus, c'est vraiment
soigné, ça a de la gueule, c'est pas cheap (sauf quelques décors par ci
par là), y a de bonnes idées (la Mort est plutôt réussie : un crâne sans expression ni mouvement de mâchoire dont on ne fait qu'entendre la voix, c'est simple et ça fonctionne ; l'ordinateur de L'université Invisible est sympa aussi) mais personnellement j'ai trouvé la première partie
inintéressante au possible.
La seconde est déjà plus attrayante,
peut-être parce qu'on s'attarde plus sur mes persos favoris : les mages
de l'Université Invisible. Mustrum Ridculle et Cogite Stibon powa. Et
là encore, on touche au point sensible de l'adaptation : les
personnages. A la lecture des bouquins, on s'imagine des individus au
physique cartoonesque (en étant sûrement influencés par les dessins de
feu Josh Kidby) et par conséquent voir des êtres humains "normaux"
amoindrit l'impact comique de la chose. L'exemple le plus frappant
étant Carotte et Chicard, plus pathétiques que drôles, ce dernier étant
complètement loupé ("À priori et plutôt par défaut qu'autre chose, il
appartient à l'espèce humaine" nous dit Pratchett, là on a juste un
mec assez petit avec deux grandes dents de devant, super).
Dans
l'ensemble, ça recueille toute ma sympathie pour la tentative mais si
du côté de la transposition de l'univers, c'est une réussite, pour
l'ambiance et l'âme même de la série, on en est loin.
Mais dans
l'ensemble, d'après ce que j'ai pu lire ici et là, les fans sont super
contents et n'auraient jamais rêvés mieux, donc ne m'écoutez pas, je suis un vieux con aigri et blasé.
Ca me va.
Quelques captures pour donner envie (ou pas) :

La grande A'Tuin.
Jonathan Leureduthé et sa clique dans le château de la Fée des Dents.
La mort dans sa demeure.
La mort tout court.
Carotte Fondeurenfersson et Chicard (Carrot Ironfoundersson et Nobby Nobbs en VO).
Et en cadeau bonus, le caméo du sieur Pratchett himself :
20 août 2005
Torremolinos 73, 2003, Pablo Berger, Espagne/Danemark
Synopsis :
Alfredo Lopez est vendeur d'encyclopédies au porte à porte et fatigué par son métier. Le directeur des éditions Montoya décide de booster son entreprise en proposant des films érotiques déguisés en vidéos d'éducation sexuelle destinées au Danemark. Alfredo convaint sa femme et se prend pour le nouveau Bergman. Puis, lassé par ces films, il se lance dans un grand projet : un long-métrage intitulé Torremolinos 73. Tout ne se passera malheureusement pas comme prévu.
Encore un film qui laisse à penser que le cinéma espagnol est sûrement le plus intéressant actuellement en Europe. Torremolinos 73 est un film généreux, drôle, plein d'enthousiasme mais en même temps plutôt désanchanté et amer. Le couple décrit dans le film n'est pas malheureux, juste victime du train-train quotidien. Ils lisent uniquement des ouvrages édités par l'éditeur où travaille le mari, ont une vie sexuelle assez morne, se disputent sur le fait d'avoir un enfant, Carla, sa femme, passe ses journées à se faire houspiller dans son salon de beauté . Alors quand Alfredo a l'opportunité de changer tout ça, il agit, quelle que soit la façon d'arriver à ses fins. Carla, elle, est prête à tout pour avoir un enfant et gagner beaucoup d'argent les aiderait beaucoup à l'élever dans de bonnes conditions. C'est le début d'une grande série de films (soit-disant) éducatifs : Carla en mariée ou en footballeuse, Alfredo en employé du gaz. Les 30 premières minutes du film m'ont permis de garder un gros sourire sur le visage durant tout ce temps, pas que le reste soit moins drôle mais ça verse plus dans le tragicomique voire parfois tragique tout court (toute l'histoire de l'enfant, le thème principal du film en fait, le fil rouge). Il y a de toute façon Carlos, l'homme fouine/victime, qui assure la bonne humeur durant toute le métrage (Juan Diego, vu dans Le Crime Farpait d'Alex de la Iglesia).
Ces films "éducatifs" vont bien évidemment changer leur vie de couple et apporter une nouvelle dynamique dans leur sexualité jusque là un peu triste. Mais le véritable déclic qui va tout bouleverser chez Alfredo c'est la découverte du cinéma d'Ingmar Bergman (le danois qui leur apprend à filmer a soit-disant été un de ses caméraman fétiches). A partir de là, il va se découvrir une véritable passion pour la réalisation en se matant en boucle ses plus grands films. Incarné par Javier Camara (Rafi, "l'adjoint" de Torrente, dans le film du même nom, j'adooooore ce mec), Alfredo est un homme formidable, du genre avec qui on a envie d'être ami dès qu'on lui parle. Pour prendre l'exemple contraire, Jack Palance quand tu le vois, t'as pas envie d'être pote avec, encore moins de lui parler, en fait je crois que t'as même pas envie de le croiser dans la rue. D'abord assez naïf et innocent par rapport au monde dans lequel il vient d'entrer, il va rapidement devenir une bête féroce, une machine à tuer, il est le seul, il est unique : The Sentinel. Sûr de lui, le scénario qu'il va écrire (une sorte de relecture du Septième Sceau de Bergman) sera sa seule raison d'être pendant que sa femme pleure l'impossibilité pour le couple d'avoir un enfant. La délaissant un peu, il saura cependant trouver la tendresse suffisante pour la rassurer (pour la mettre dans sa poche diront certains, bande de cyniques !).
Malgré le sujet, jamais le film ne verse dans la vulgarité. Pablo Berger s'efforce de trouver les angles empêchant d'apercevoir un pénis furtif (mais pas non identifié, à moins qu'il vole de ses propres ailes trop étouffé par la main de son propriétaire), rend les séquences de copulation touchantes et un peu naïves (comme le couple donc). Même l'insertion (le mot est bien trouvé je pense) de zoophilie est fait avec intelligence et bon goût (et éclats de rire). Par contre, on ressent un peu, voire beaucoup parfois, de gêne. Car ces séquences vu par le biais de la caméra offerte par les éditions Montoya (Super 8 s'il-vous-plait !) nous place en position de voyeur, nous introduisant (décidément) dans l'intimité (oh, c'est bon là !) du couple. En se situant dans l'Espagne puritaine franquiste des années 70, le film trouve la toute sa substance (non là trop c'est trop).
Niveau mise en scène, c'est sobre (si on enlève les séquences en caméra subjective), les cadrages sont ciselés comme il faut (lorsqu'ils débarquent à Torremolinos et tout particulièrement l'hôtel, c'est magnifique). Pour comparer du côté du cinéma espagnol à tendance sociale (mais d'une façon que les français ne savent décidément pas faire : sans verser dans le misérabilisme), j'ai préféré Torremolinos 73 au Crime Farpait. Je ne saurais pas expliquer pourquoi...ou si : juste parce que.
26 juin 2005
Un Cadavre au Dessert (Murder by Death), 1976, Robert Moore, USA
Synopsis :
Lionel Twain, un riche excentrique convie les cinq meilleurs détectives de la planète dans sa demeure afin de leur lancer un défi : une personne sera assassinée de douze coups de couteaux dans le dos à minuit pile; celui qui trouvera la solution et le coupable avant la fin du week-end remportera 1 million de dollars.
Une fois de plus, le titre original est à mille coudées au-dessus de son adaptation française. L'ironie transparait immédiatement et reflète l'état d'esprit du film. On est ici dans la parodie la plus totale. Et la parodie de quoi me demanderez-vous ? Et bien de ce qu'à inventé cette chère Agatha Christie au début du 20ème siècle : le whodunnit. Unité de temps, de lieu et d'action. Un crime est commis. Plusieurs suspects sont présents. Un meurtrier est parmis eux. Sauf qu'ici, tout ces codes sont détournés de façon à rendre cela comique. De plus, le défi n'est pas seulement pour les invités mais également pour le spectateur fanatique d'énigmes policières connaissant par coeur les enquêtes de Miss Marple, Hercule Poirot, Arabesque, Hooker et Frank Drebin. Celui-ci va s'arracher les yeux et se pourrir le lobe frontal pour deviner les rebondissements et résoudre l'affaire. Grand bien lui fasse, pendant ce temps, moi, je rigole. Parce que bon, tout est volontairement tiré par les cheveux, ça twiste à tout va (et même à St-Tropez), ça se contorsionne entre les solutions toutes plus extravagantes les unes que les autres. La mise en abyme est formidable, à plusieurs reprises les personnages font allusion au ridicule de la chose, se moquent ouvertement de ce pourquoi ils existent.
Parlons-en des protagonistes d'ailleurs. Soyons honnête, le film repose avant tout sur son casting absolument incroyable : David Niven, Peter Falk, Truman Capote, Peter Sellers, Maggie Smith, Alec Guiness. Que du beau monde. Chacun campant un personnage rivalisant de génie comique (involontaire bien sûr, un film se voulant drôle entièrement joué au premier degré l'est mille fois plus). Peter Falk en américain goujat et vulgaire, Peter Sellers en chinois adepte de proverbes et citations moralisantes et donc hilarantes, Alec Guiness en majordome aveugle n'ayant pas vraiment le don de savoir utiliser ses autres sens et répondant au doux nom de Jamessir (yes ?) Bensonmum (yes ?). A ce sujet, Neil Simon a eu l'idée géniale de le confronter à une cuisinière muette. Le résultat est plus que cocasse. L'accent de James Cromwell ( L.A Confidential, le seul polar Ellroyen valable à mes yeux avec Chinatown de Roman Polanski; Explorers, pas un film pour enfant mais un film sur l'enfance, avec Ethan Hawke et River Phoenix et réalisé par ce gentil anarchiste qu'est Joe Dante; Murder by Death est son second rôle au cinéma) se savoure également avec délectation. Pour tout savoir, cet américain imite un belge parlant anglais avec un fort accent de son pays. Déjà, le travail effectué est extraordinaire et l'effet, drôlissime. Le film passe à vitesse grand V, d'idées folles en dialogues épatants sans oublier une ribambelle de gags, pour aboutir à un final qui écrase tout sur son passage. Et malgré que le film soit américain, l'atmosphère british qui se dégage de Murder by Death (en hommage aux modèles du genre) est un plus non négligeable. Neil Simon a pleinement remporté son pari : amuser son public tout en le menant en bateau. Tout bonnement jubilatoire.
Trailer
Un casting imaginé pour un hypothétique remake. En espérant qu'il le reste.
Site officiel du groupe homonyme. Oui ça n'a rien à voir mais bon. Avec le nom du groupe et le look du guitariste, je m'attendais à un énième groupe de metalcore moderne (style Black Daliah Murder ou The Red Chord) mais que nenni. Ca verse plus dans la pop classieuse et racée.
20 juin 2005
A Dirty Shame (2004), John Waters, USA
Synopsis :
Un raz-de-marée sexuel dévaste un paisible quartier de Baltimore. Ordinaires VS Pervers, ça va chauffer !
John Waters is back ! Et il n'a toujours pas quitté Baltimore. Après le sympathique Pecker et le pénible Cecil B. Demented, l'ami John revient à ses racines : le mauvais goût à son paroxysme. Evidemment, à notre époque, un tel film ne choquera plus personne, on reste donc loin de ses premières horreurs, Mondo Trasho, Pink Flamingos ou Polyester (en Odorama ! Hume ma merde, hume) par exemple. Et pourtant, il en a fallut du courage à un studio pour produire A Dirty Shame en 2004. Loin des consensus de la majorité de la production aseptisée américaine, on assiste ici à une ébauche sonore et visuelle. Du cul, du cul, du cul ! Pas une minute sans que le mot sexe, cunnilingus, vagin ou qu'une bite ou une copulation apparaisse à l'écran. Exténuant ? Possible... Jubilatoire ? Sûrement...
En recensant diverses origines du plaisir sexuel selon les individus, John Waters a tenu à amuser le spectateur : mysophilie (voir un mec machouiller un mouchoir plein de morve pour se faire jouir est un grand moment), scatologie, retour à l'enfance (oui alors ça, il faut le voir pour le croire), exhibitionnisme, sexe oral... je préfère laisser la surprise pour toutes celles que je n'ai pas cité, et ça fait un paquet. Il faut signaler que le réalisateur voulait éviter tout ce qui pouvait être désagréable, dégradant voire douloureux pour l'être humain, on est devant une comédie ici pas Les Enfants de la Télé. Il est évident que tous les acteurs prennent un pied terrible en incarnant ces personnages tous plus dingues les uns que les autres. Tracey Ullman est épatante, Selma Blair méconnaissable et Johnny Knoxville montre qu'il est vraiment capable de faire du cinéma (du coup j'ai hâte de voir la version ciné de The Dukes of Hazzard, ou comment une série insupportable peut devenir un excellent divertissement). Il est d'ailleurs LE rôle clé du film, celui autour duquel gravite tout le monde : Ray Ray Perkins. Une guest-star apparait également à la fin du film, j'en tairai le nom par respect envers les futurs spectateurs mais sachez que :
- c'est à se pisser dessus
- cette personne cultive décidément parfaitement l'auto-dérision, c'est la troisième fois en moins d'un an que je la vois apparaitre dans son propre rôle. Dit trop en je ai ?
Un bémol néanmoins, lorsque le film se transforme dans la dernière partie en une nuit des morts-vivants versions accrocs du sexe, l'impression que ça tourne en rond grandit quelque peu. Coup sur la tête, re-coup sur la tête. Mais quand on voit la gueule des 10 dernières minutes, on pardonne tout à John Waters. Ca c'est du final coup de boules (comprenne qui voudra). L'utilisation progressive du fantastique dans l'histoire trouve ici toute sa grandeur.
Et puis un film qui se conclue par une éjaculation sur le spectateur ne peut pas être foncièrement mauvais.
Hair High, 2004, Bill Plympton, USA
Synopsis :
Rod, le quaterback, et Cherrie, la pin-up, forment "Le couple" que tous aiment, craignent et admirent au lycée d'Echo Lake.
Lorsque Spud le nouveau, timide et maladroit, tente de s'attirer la sympathie de ses camarades il commet l¹irréparable et provoque la colère de Rod.
Il devient alors l'esclave de Cherrie et devra satisfaire ses moindres désirs. Ils se détestent aussitôt.
Mais Cherrie restera-t-elle aussi insensible que le croît Rod ? Et Spud se laissera-t-il éternellement faire sans rien dire ?
Merci les résumés Allociné aka la solution des fainéants !
Ah, voilà enfin le nouveau Plympton, tout nouveau, tout beau. Après les chefs-d'oeuvres (ne lésinont pas sur les mots voyons ahah) que sont L'impitoyable Lune de Miel (1997, I Married A Strange Person, mon préféré) et Les Mutants de L'espace (2001,Mutants Aliens), ou encore ses multiples courts (c'est là qu'il est le meilleur de toute façon), autant dire qu'on attendait (enfin moi tout du moins) avec impatience Hair High. Je tiens à ajouter que les nombreuses parenthèses sont la uniquement pour vous exaspérer et créer un climat de lecture chiant et énervant qui vous poussera à abandonner et aller faire des choses autrement plus intéressantes.
Je vais pas faire durer plus longtemps le suspense, le premier mot qui me vient à l'esprit est : déceptioooooooooooooooooooooooooooooon. Oui avec toutes les voyelles. Voyez avec Larousse ou Robert, j'y peux rien s'il vous manque des pages. Tristesse et désillusion, mon âme navigue entre ces deux eaux troubles où un naufrage peut survenir à tout instant. Snif. Plympton ne fait que recycler ses vieux trucs : corps élastiques et difformes, du cul, du sang. Sauf que tout tombe à plat, dingue ça. Surtout qu'en ayant vu ses deux derniers courts-métrages (Guard Dog et Parking), j'étais plutôt ébahi devant le résultat. Mais là, rien. En dehors d'un mal de tête devant l'animation encore plus "minimaliste" que d'habitude (rappellons que le style Plympton, mais surtout le faible coût de production, est dû au fait qu'au lieu de 24 dessins par secondes, on en a qu'une dizaine. Economie de papier, économie de main-d'oeuvre). Une chose m'a choqué, oui choqué, parfaitement : le montage. On est devant un film-d'animation, donc ça devrait être plus contrôlé à ce niveau là, mais il y a pas mal de choses qui clochent. Beaucoup de plans durent plus longtemps qu'ils ne le devraient, on a parfois l'impression de passer du coq à l'âne (enfin ça encore, on a l'habitude avec lui), il y a un manque d'efficacité flagrant. Bizarre tout de même. J'aime pas descendre un film, surtout quand j'en aime l'auteur, mais c'est ce que j'ai ressenti face à Hair High. Et là, pour l'instant, j'ai pas envie de le revoir, ce qui est mauvais signe mais, je l'espère, pas définitif.
Le Crime Farpait (El Crimen Ferpecto), 2004, Alex de la Iglesia, Espagne
Synopsis :
C'est la guerre dans les grands-magasins, on se dispute les rayons comme si c'était des territoires stratégiques. A un point où le vendeur le plus séduisant tue un collègue rival par accident. Une des vendeuses du rayon parfumerie est témoin de la scène et en profite pour lui faire un perfide chantage sexuel.
Alors qu'on attend toujours que Muertos de Risa (1999, un de ses meilleurs films) soit distribué en France, le dernier long-métrage d'Alex de la Iglesia, vainqueur au festival de Cognac cette année sort dans les salles obscures. Après un 800 Balles emprunt de nostalgie (hommage au western spaghetti) et de respect envers ces nobles personnes que sont les figurants et autres cascadeurs, l'espagnol revient à la comédie acide, noire et grinçante (Muertos de Risa donc et Mes Chers Voisins). Changement de registre et c'est pas pour nous déplaire. Ici, le cynisme est roi et l'humour vachard également. C'est la spécialité de De La Iglesia et il ne se calme pas avec le temps. On pourrait faire un rapprochement avec le cinéma d'Ettore Scola (Affreux, Sales et Méchants, 1976) sauf qu'ici c'est quand même moins vulgaire et plus subtil.
Comédie noire, thriller, burlesque, fantastique, tout y passe et chaque fois avec talent. Alex (je le connais personnellement donc je me permets de l'appeller par son prénom, toute requête visant à annuler ce droit se verra simplement brûlée) connait par coeur les codes cinématographiques et en joue sans cesse. On verra donc une scène comique filmée en y installant un climax intense, tel un thriller. La dernière fois que j'avais vu ça, c'était dans Men Suddenly in Black (2001, Edmond Pang). Et non seulement c'est jouissif mais en plus il s'est encore amélioré le bougre. Oui c'est possible ! La principale faiblesse de ses films venait de leur rythme. Des films de 2 heures, c'est bien, c'est long, ça permets de passer le temps pendant qu'on fait cuire un rôti (ou un SDF, ça dépend de la saison) mais ça peut entrainer certaines longueurs si le scénario ne s'y prête pas. Il l'a compris et a donc retiré le surplus pour arriver à quelque chose de, presque, parfait. Pardon, farpait. C'est exhubérant, c'est grandiloquent, c'est De La Iglesia et c'est comme ça qu'on l'aime.
Et non seulement on a le droit à 1h45 de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent mais en plus le microcosme sociétal que constitue le grand magasin (censé représenter le fameux Corte Inglès de Madrid) permet à l'espagnol d'égratigner un peu tout ce qui lui passe sous la main. Maladies, troubles du comportements, sexe, standards imposés de la beauté, j'en passe et la caravane suit. Encore, encore !
Tout plein de divéos puser pymsas
News de dernière minute : Muertos de Risa sera distribué en salle par la Fabrique de Films l'an prochain. Et c'est le gros Alex qui a téléphoné lui-même à la boîte. Que j'aime cet homme et sa barbe fournie.
J'adore Huckabees (I heart Huckabees), 2004, David O. Russell, USA
Synopsis :
Albert Markovski vit une série de coïncidences troublantes dont le sens lui échappe. Avec l'aide de deux detectives "existentiels", Bernard et Viviane Jaffe, Albert analyse sa vie, ses relations amoureuses, et son conflit avec Brad Stand, un jeune cadre dynamique et ambitieux chez Huckabees.
Lorsque Brad engage les mêmes détectives qu'Albert, ceux ci commencent à creuser dans son apparente vie parfaite et dans sa relation avec sa petite amie Dawn Campbell qui travaille aussi chez Huckabees.
On a donc un metteur en scène plutôt doué et un casting formidable. Qu'en résulte-t-il ? Le film le plus rafraichissant, le plus délirant, le plus nawakesque que j'ai pu voir cette année (en dehors de Survive Style 5 + mais je parle des sorties cinés).
Le fait est que la quasi-intégralité des critiques français lui crache à la gueule, note minimale partout, avis désastreux prétextant un film ultra-pédant et encore plus prétentieux que Punch-Drunk Love de P.T. Anderson. J'ai donc bien fait d'écouter la critique de Dvdrama que j'avais lu il y a 2 mois.
Le film possède un sens du rythme et de l'écriture tout bonnement incroyable. Pas le temps de respirer, tout s'enchaine à une vitesse folle et avec une cohérence, une intelligence rares. Il n'y a pas 5 secondes sans musique, comme ça, ça peut paraitre saoûlant mais ça aide beaucoup à faire passer les dialogues à base de philosophie, d'infini, de rien,....
Ces dialogues justement. Et cette histoire aussi d'ailleurs. Les critiques ont eu tort d'avoir pris tout ça au premier degré, pensant que Russell essayait de faire son 2001 version comédie de moeurs. Je pense qu'au contraire, tout cela est une vaste blague à prendre au second voire au troisième degré et là hop, c'est magique, c'est léger comme c'est pas permis dis donc.
Le film est souvent hilarant, merci les acteurs, merci les séquences non-sensique parsemant le film ça et là, merci la moumoute à Dustin Hoffman et la crétinerie de Mark Wahlberg.
Sérieux, je m'attendais pas du tout à ça. Bon, faut vraiment rentrer dans le trip et pour cela, il faut absolument voir le film en VO, je vois pas comment il peut en être autrement. Ce doit être tout bonnement insupportable en VF.


