15 novembre 2005
Elephant, 1989, Alan Clarke, UK
Synopsis :
Marche, voit, tue.
Redécouvert récemment pour avoir influencé (au niveau formel et de la violence froide et clinique) l'oeuvre au titre homonyme de Gus Van Sant, Elephant est surtout le dernier film d'Alan Clarke, un des réalisateurs britanniques les plus importants de sa génération. Son style est aisément reconnaissable : longs plans-séquences, photo crue et approche quasi-documentaire des sujets traités (la vie de jeunes en maison de correction en plein Thatcherisme dans Scum par exemple). Elephant n'échappe pas à la règle et trouve même le soin d'extrêmiser cette démarche. C'est peut-être pour cela qu'il n'a plus rien fait ensuite, il avait été atteint ses limites. Mais ici, si la forme reste la même, ça expérimente pas mal sur le fond.
Pendant 37 minutes, on suit des hommes avançant en pleine rue ou dans des bâtiments pour approcher leur victime, la dessouder à l'arme feu froidement et implacablement, comme si ce n'était qu'une corvée de plus, et repartir de la même façon. Aucune émotion sur leur visage, ils devaient le faire et c'est tout. Ne restent des victimes qu'un corps inerte, un bête objet qui n'a pas eu le temps de réagir. Une mort rapide et sans chichis (tant mieux, ça colle aux dents). On peut largement imaginer que Clarke stigmatise ici les méthodes de l'IRA mais ce n'est jamais explicite : cela peut se dérouler n'importe où et n'importe qui peut être à la place des assassins. Les séquences se suivent sans véritablement se renouveler. Les lieux changent, la configuration de l'espace aussi par conséquence, mais le contexte est à chaque fois le même. On a beau savoir à l'avance ce qu'il se passe, on reste fasciné. Car c'est le mot qui convient le mieux je pense, Elephant est fascinant. Répétitif, lassant mais fascinant. La réaction d'être lassé est voulu par Clarke ; à la fin du métrage, les morts ne nous font plus aucun effet, on est presque blasé. Cette réaction est dangereuse mais démontre bien la pensée des hommes qui commettent ces meurtres : bof, c'est qu'un de plus. On peut y comparer la démarche d'un Haneke qui nous met face à nos propres réactions quand il s'agit de la violence. La complaisance ou l'indifférence sont sûrement ce qu'il peut nous arriver de pire. Les premiers films du réalisateur autrichien le prouve à la perfection.
29 août 2005
Aftermath, 1994, Nacho Cerda, Espagne
Synopsis :
La morgue, la mort, l'amour.
Malgré une durée avoisinant les 25 minutes, Aftermath laisse forcément des séquelles. En tout cas pour ceux qui ont pu aller jusqu'au bout. Le film nous montre le quotidien de médecins-autopsistes dans une morgue de Barcelone. La mort frappe, un jeune avec walkman apporte le corps sur civière dans la salle d'autopsie, les hommes en blanc s'amusent. Enfin c'est pas comme ça partout j'imagine. Rien ne nous est épargné : ouverture de boîte cranienne et de torse, scission des côtes à la cisaille, pesée des organes. Avec Olaf Ittenbach derrière la caméra on aurait eu quelque chose de bêtement gore, voyeuriste et sans intérêt. Mais Nacho Cerda (dont c'est le second métrage) n'est pas tombé dans le piège et propose quelque chose de cinématographiquement étonnant pour un film de ce genre. La mise en scène est sobre et posée (plans fixes, zoom lents, panoramiques) et la musique baroque et grandiloquente. Ce qui instaure une atmosphère pesante et malsaine. Fasciné par la mort et surtout "l'après-mort", Cerda nous fait partage ses obsessions qui, c'est certain, ne sont pas celle de tout le monde (j'ose l'espérer). Après une "bête" (faut pas s'offusquer, ça arrive tous les jours et partout) séquence d'autopsie, un des médecins décide d'assouvir ses pulsions nécrophiles (là ça arrive moins tous les jours et partout) sur une jeune femme décédée récemment. On entend, et ne voit pas, d'ailleurs son accident au début d'Aftermath. C'est généralement là que les gens arrêtent le film. Alors oui c'est glauque, oui c'est malsain, mais peut-être pas si gratuit que ça. Le thème principal est la mort bien évidemment mais surtout qu'à un moment ou à un autre de notre vie, la mort nous préoccupe. Certains l'acceptent, d'autres non. Certains targuent les oeuvres de Cerda d'obscènes et lui préfèrent Jörg Buttgereit, plus poétique (Nekromantik). Ce que je comprend tout à fait.
Les effets hyper-réalistes sont forcément un plus et bluffe véritablement le spectateur. Aftermath a beaucoup fait parler de lui à sa sortie et à fait le tour des festivals habituels (Sitges, L'étrange Festival). Cerda y a gagné énormément de popularité.
Son précédent court, The Awakening (1990), parle d'un jeune homme victime d'une crise cardiaque en plein cours et voyant son propre corps gigotant, habité par les spasmes. Filmé en n&b, le film dégage une certaine poésie de par son atmosphère éthérée. Son suivant, Genesis (1998), relate l'histoire d'un artiste incapable de sculpter autre chose que sa femme depuis qu'elle a trouvé la mort. Au bout d'un moment, il découvrira une couche de muscle sous la pierre pendant que lui se transformera en roche. On voit donc bien là un fil directeur tout au long de l'oeuvre de Nacho Cerda, homme bien vivant mais si proche de la mort.
Pour les gens intéressés (je sais qu'il y en a, n'ayez pas honte), Unearthed Films a édité un DVD regroupant Aftermath (avec commentaires et making-of instructifs à l'appui), Genesis et The Awakening.
Jaquette (à éviter si âme sensible) : FRONT / BACK
Aucun magasin US n'a accepté de mettre le film en rayon, chose ridicule puisque les coffrets Guinea Pig y trônent fièrement. Allez faire un tour chez Xploited pour chopper le film.
20 août 2005
Pig, 1998, Nico B et Rozz Williams, USA
Synopsis :
Y en a pas.
Ecrit par Rozz Williams (ex-leader du Christian Death des débuts et figure mythique de la scène gothique en général), Pig est une expérience sensorielle plutôt éprouvante qui ne peut laisser indifférent. Pendant plus de 20 minutes, Pig nous montre le calvaire d'une victime consentante par un homme ritualiste à masque de porc. Celui-ci va l'emmener dans une maison abandonnée au milieu du désert de Death Valley pour le torturer en suivant les pages d'un livre (Why God Permits Evil, écrit par Rozz Williams et d'ailleurs dispo dans une édition DVD limitée à 1334 exemplaires, sûrement introuvable à présent). On pourrait presque penser à du snuff en voyant les divers outrages mais ce serait oublier le fait que la victime est "jouée" par James Hollan, performer reconnu. La relation qui unit la victime à son bourreau est assez ambigûe, presque fusionnelle, quand on connait bien Rozz Williams, on est pas vraiment surpris par toute cette imagerie parfois cruelle, parfois morbide mais aussi tenant, pourquoi pas, du conte. L'esthétique SM, le n&b glauque, la bande son noise/ambiant (proche des travaux de Williams dans les groupes In Blind Embrace et Premature Ejaculation), l'imagerie volontairement choquante (Adolf Hitler ou encore Charles Manson apparaissent dans le livre), tout est là pour créer un malaise persistant qui va durer longtemps après la vision du métrage. Les délires surréalistes permettent cependant de se rappeller qu'on ne regarde pas un documentaire. A savoir qu'en dehors d'un dialogue lors d'une séquence incompréhensible pour le commun des mortels, Pig est entièrement muet.
Il faut bien l'avouer, Pig est avant tout une façon pour Williams de chasser ses démons intérieurs (c'est lui qui joue le rôle du "tueur"). Ce qui n'a apparemment pas très bien marché puisqu'il s'est suicidé quelques mois après le tournage.
Ce film pue la mort.
Des liens intéressants :
http://www.plume-noire.com/cinema/culte/pig.html
http://www.mondo-digital.com/pig.html
http://www.lastsigh.com/videos/pig_film.htm
http://www.hipmagazine.com/nicob.htm
16 août 2005
Six-String Samurai, 1998, Lance Mungia, USA

- Houston, Houston, y a un sélénite qui nous prend la tête.
Synopsis :
1957. Les russes ont envahi les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale et les derniers américains ayant échappé au bombardement atomique viennent se réfugier à Las Vegas désormais baptisée Lost Vegas. Elvis est leur roi.
Mais quand Elvis meurt, Vegas a besoin d'un nouveau King !
Des 4 coins du désert que sont devenu les USA émergent des sabreurs rockeurs se dirigeant vers Vegas pour remplir ce rôle. Problème, La Mort elle-même en fait partie et est bien décidée à ne pas laisser leur chance aux autres.
Post-nuke....
Chambara....
Rock'n'roll....
Normalement là les amateurs de bizarreries se ruent chez leur fourgueur de came dévédéifique le plus proche pour se procurer la "chose". Et ils auront raison ! Entre Mad Max 2 et Yojimbô, on peut à présent placer Six-String Samurai. Avouez que c'était pas si évident que ça hein.
Début du film : un homme ayant une guitare dans le dos (six cordes, caisse creuse, 1957) se bat au sabre contre des gars redevenus primitifs, limite des mutants radioactifs beuaargh (le mutant radioactif beuaaarghe beaucoup). Ces blaireaux s'attaquaient à une mère et son fils (morte la mère d'ailleurs, et aussi salée qu'on dit). Alors ok il fait son kéké le gars (qui se prénomme Buddy) mais maintenant il doit se coltiner un gamin qui s'exprime par piaillements insupportables. Ce dernier le suit partout, malgré la réticence du guitar-hero sabreur pas manchot. D'ailleurs, à la moindre occasion il tentera de le lâcher à quiconque en voudra (une famille de cannibales et un nain body-buildé en l'occurence). S'exprimant peu mais bien, c'est-à-dire à l'aide de sentences définitives auxquelles personne ne trouve rien à redire (ce qui est le but donc), Buddy est ce qu'on appelle dans mon jargon anti-surfeur un poseur/frimeur. De toute façon, c'est tout le film qui est poseur, mais dans le bon sens du terme ! En gros, c'est le film cool par excellence : bande son surf/rockabilly/country (merci les Red Elvises), idées jouissives, tout pour le fun. Alors ok c'est pas mal cheap mais la mise en scène dynamique et la bonne humeur qui se dégage du film ont vite de compenser ça.
Jeffrey Falcon, qui co-signe le scénario avec Lance Mungia et qui incarne le rôle principal, fut de 88 à 95 (environ) un des gweilos préféré du ciné HK (ainsi que la clique Cynthia Rothrock and co). Méconnaissable dans Six-String Samurai, on a peine à croire qu'il s'agit du même mec que dans Inspectors Wear Skirts ou She Shoot Straight. Barbe de 2 semaines, grosses lunettes, costard (sale mais quand même), et bien sûr la cool-attitude dont je parlais précédemment. On voit là l'homme d'expérience pendant les combats au sabre ou au corps à corps. Il virevolte, il saute, quelle souplesse, pour un peu il pourrait jouer dans les cinq dernières minutes avec Raymond (comprenne qui voudra) ! Et chose importante à signaler, tout cela avec le respect du genre. A part ça ? Hé bien on a des hommes du vent habillés en cosmonaute, La Mort et ses trois accolytes armés d'arcs et de flèches, un combat de guitare rock'n'roll vs. heavy metal, des russes avec des fusils pas armés....
'comprend pas que personne n'ait encore pensé à le distribuer en France...
Trailer (clic droit + enregistrer sous)
Extraits de l'OST (clic droit et.....vous savez quoi faire) :
- Love Pipe
- Fly Away Little Butterfly
- Boogie On The Beach
- Hungarian Dance
- Jerry's Got A Squeeze Box
- Lonely Highway Of Love - Ochi Chornie
13 août 2005
La Classe Américaine, 1993, Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, France

- Ca te dirait une ouiche lorraine ?
- Ca fait bizarre quand même ouiche lorraine.
Synopsis :
Georges Abitbol, l'homme le plus classe du monde, meurt tragiquement lors d'une croisière dans l'atoll de PomPom Galli en murmurant : "Monde de merde". Pourquoi ? C'est ce que vont devoir découvrir Dave, Peter et Steven, besogneux journalistes en quête de reconnaissance (et de niquer aussi).
Ahhhhhhhhhhh....qui n'a jamais entendu parler de ce flim mythique (qui je le rappelle, n'est pas un flim sur le cyclimse ). Réalisé à l'époque ou Canal + était encore une chaîne pleine de vie. La Classe Américaine est un fantasme devenu réel grâce à l'équipe du Grand Détournement (également coupables de Derrick contre Superman). A l'aide d'extraits choisis à la perfection, ils ont su créer quelque chose d'unique, d'hilarant, et bourrés de références (forcément). John Wayne, Paul Newman, Dustin Hoffman, Robert Redford, James Stewart, Henry Fonda, Clark Gable, et j'en passe. C'est tout une gallerie d'acteurs qui se voient utilisées pour raconter une histoire abracadabrante et inspirée de Citizen Kane. On voit d'ailleurs Orson Welles se plaindre de plagiat avant de se faire tuer en criant "Rosebud". Interdit de diffusion, et donc à la vente (les auteurs n'avaient pas les droits des films utilisés), la VHS se refile sous le manteau depuis maintenant plus de 10 ans pour le plaisir des cinéphiles mais c'est bel et bien terminé puisque deux personnes ont eu l'opportunité d'en créer une version DVD (disponible vous savez où et qui n'est pas un dévlédé sur l'athlétimse) en tirant un négatif de la bobine originale. Servez-vous !
Il serait fastidieux de citer tous les films dont on voit des images mais en vrac on pourra reconnaitre Délivrance, Les Hommes du Président, Brannigan, Navajo Joe, Mad Max, Bullitt, Rio Bravo, L'homme qui tua Liberty Valance...
Alors vous aussi venez voir Charles Bronson manger des Chips, Dustin Hoffman imiter une sonnette, Clark Gable cueillir des champignons, Peter et Steven parlez de ouiches lorraines, passez-vous le en boucle et vous deviendrez vite accrocs !
Quelques dialogues pour se mettre dans le bain, dialogues d'une drôlerie incomparable et si moi je trouve ça über-drôle, ça veut pas forcément dire que ça l'est (bon là ça l'est) mais ça signifie que ça présente un intérêt certain, enfin je pense, après que vous soyez d'accord ou pas ne pose pas véritablement de problème sauf si vous le criez avec véhémence pour le faire savoir autour de vous auquel cas ma colère sera proportionnelle au diamètre du trou dans la couche d'ozone qui, en y réfléchissant bien, n'a qu'une chance sur un million de ressembler à un cercle, on appelle ça un trou mais sa forme doit être difforme, quoi qu'on en dise et pourtant j'aurais voulu y croire moi qui adore tout ce qui est circulaire et sphérique d'où mon attirance presque sexuelle pour les ballons et autre instrument caoutchouteux et arrondis :
Jacques : Bonsoir!
Georges : Pd!
Jacques : Oh, c'est pas banal.
Dino : Mais j'te reconnais toi, j't'ai déjà vu quelque part, je suis sûr que j'te reconnais.
Frankie : Désolé, mais c'est moi qui te reconnais, j't'ai vu le premier, toi tu m'as vu en deuxième, vu?
Dino : Bon, j't'ai vu le deuxième alors voilà.
Frankie : Perdu, c'est aussi moi qui t'ai vu le deuxième.
Dino : Oh, dis donc : t'es super fort !
Frankie : Mais j'suis pas super fort, j'suis mieux que ça même, j'suis surpuissant!
Dino : Bon, ben lui il va me prendre la tête.
Georges : Tiens regarde! les Anglais ont débarqué. On va être obligé de passer par derrière. Tu sais, par ce long tunnel tout sombre qui sent pas très bon.
Isabelle : Oh Georges, quel poête vous faites, vous me surprenez. On ne m'a jamais parlé comme ça. J'ai connu des hommes, mais jamais des comme vous.
Oh pis démerdez-vous avec le script.
Le site de référence avec des extraits, des images et des chips, plein de chips !
29 juillet 2005
Tire Encore si tu Peux! (Se Sei Vivo Spara!), 1967, Giulio Questi, Espagne/Italie
Synopsis :
Laissé pour mort, le mexicain Django renait de ses cendres grâce à deux indiens. Ceux-ci désirent l'aider à retrouver ceux qui l'ont trahi et fondent son or pour en faire des balles. En arrivant dans un étrange village, il va avoir la surprise de constater que ceux-ci ont été pendu par la population locale. Peu importe, il doit utiliser ses balles d'or avant de quitter la bourgade, peu importe leur utilisation.
Un jour débarque Giulio Questi, inconnu au bataillon, n'ayant jamais réalisé de westerns, et ça donne Se Sei Vivo Spara!, un des plus beaux fleurons du genre. Considéré comme culte par tout un bataillon de cinéphages en goguette, le film a été reconstitué pendant de longues années par des fanatiques recherchant toutes les copies disponibles pour en extraire les scènes inédites. Et voilà comment d'une version d'1h30, on arrive à quelque chose de près de 2h. Auparavant sorti en 86 dans une version dégueulasse plein cadre et cut, Seven 7 a la merveilleuse idée de nous proposer la version intégrale dans sa collection western spaghetti (avec entre autre et surtout Le Retour de Ringo de Duccio Tessari).
Proposant une structure assez banale avec malgré tout quelque flash-backs/flash-forwards dynamisant l'ensemble, Django Kill! (titre US) se focalise surtout sur l'ambiance et les personnages. Baroque, grandiloquent, violent, surréaliste, extrémiste, on se demande parfois jusqu'où le film va aller. Si à cela on ajoute un Tomas Milian possédé, comme toujours en fait, on atteint là des sphères majestueuses. Enfin majestueuses....sachant que vont se succéder les pires crasses, les pires vilennies, les pires méfaits que peut commettre un être humain, on est quand même loin de la majestuosité telle qu'on veut bien l'entendre. Angélique par exemple c'est majestueux (pardon, ringard), des papillons virevoltant au milieu des champs, c'est majestueux, il faut cependant signaler que cela est plus que subjectif et si après tout des gens trouvent majestueux un corps disloqué coupé en deux dont les boyaux s'écoulent, grand bien leur fasse.. Des hommes se battant pour extraire à main nue des balles en or du corps d'une personne encore vivante, un indien scalpé en gros plan, un viol homosexuel menant au suicide, de multiples pendaisons, un homme mourrant au milieu des flammes et recouvert d'or fondu. Il faut le voir pour le croire et ça tombe bien je l'ai vu donc je le crois. Mais si je le crois sans l'avoir vu, en suis-je pour autant un pêcheur ? Suis-je perverti ? Ces questions me hanteront jusqu'à la fin des temps. Peut-être qu'en brûlant mon Bescherelle....
On a également le droit à des scène tout droit sorties de film d'horreur (l"intro avec Django rampant au sol tel un zombie, encore lui torturé à l'aide chauve-souris et d'iguanes) accompagnées par une musique étrange et insidieuse. Si vous trouvez vous aussi que je m'exprime plutôt mal, que mes phrases sont tout sauf bien tournées, que le vocabulaire que j'utilise est digne d'un hamster de 6 mois, que ma ponctuation est mal placée, que je suis mal coiffé, que je sens la transpiration, qu'il pleut dehors, que la télévision c'était mieux avant ou que les fruits de mer c'est meilleur avec du citron, et bien je vous donne raison. Oui, je suis tombé bien bas.
15 juillet 2005
The Wicker Man, 1973, Robin Hardy, Royaume-Uni

Ah mais je m'en rappelle très bien, il était gros comme ça.
Synopsis :
Le sergent Howie se rend sur une petit île pour enquêter sur la disparition d'une jeune fille. La population du coin est très étrange et pas tellement encline à aider le brave policeman.
Je vous entends déjà gronder au loin tel les bruissements de pas d'une horde de chevaux sauvages se rapprochant de mon sillage : "Encore une adaptation de comics ! Pffffff, et c'est quoi cette fois ? Ah ok, l'Homme d'Osier, génial et il a quoi de spécial en dehors du fait qu'il est pote avec Super Gitan, le héros du poulailler ? Ils roulent en BMW à la rescousse des gens en faisant du porte à porte ?" Vous en êtes loin, trèèèèèès loin..... The Wicker Man est une étrangeté, une bizarrerie, un film qui n'aurait jamais dû exister de par les difficultés que son studio lui faisait (studio qui harcelait également Nicholas Roeg lors du tournage de Ne Vous Retournez Pas, produit en même temps). Ce n'est pas du tout un film d'horreur comme le laissent croire les nombreuses affiches et autres jaquettes, ni un film d'épouvante. Le sujet est un McGuffin, un prétexte pour confronter deux mondes totalement différents. Le brave policier qui débarque d'Ecosse, totalement dévoué à la religion chrétienne et extrêmement puritain, est forcément déboussolé quand il est face à ces gens "décadents" et aux rites "paiens" (selon ses termes). En effet, ils transgressent tout ses interdits, tout est mêlé au sexe dès le plus jeune âge. On voit des garçons effectuer une danse en chantant des paroles asses tendancieuses pendant que leurs camarades féminines parlent de symbole phallique avec leur institutrice. Le plaisir est partout, à tout instant. Au départ tentant de faire abstraction de ceci pour le besoin de son enquête, Howie va vite être scandalisé par cette attitude et il résistera jusqu'au bout à la tentation (chapeau parce que personnellement, voir Britt Ekland danser lascivement, nue, en se grottant le long d'un mur, ça me titille quelque peu).
The Wicker Man n'est pas du tout manichéen, c'est au spectateur de faire la part des choses en fonction de sa perception au niveau de ses croyances religieuses et morales. La fin est en cela, en plus d'être tétanisante et sublime, assez ambigûe et peut laisser perplexe (enfin euh...modérément quand même). Qui a tort, qui a raison ? La chrétienté qui s'oblige à des restrictions et à la sévérité ou le paganisme celte qui voue un culte à la vie et à tous ses plaisirs ? Malgré l'atmosphère étrange qui règne dans ce village, jamais on ne perçoit les gens comme des être maléfiques ou bien l'on baigne dans quelque chose malsain. Les couleurs sont vives, chatoyantes, la population heureuse et toujours de bonne humeur. Même Christopher Lee parait joyeux, c'est pour dire. Pour renforcer cette impression d'euphorie générale, le film est parsemé de chansons, véritables ôdes au plaisir charnel. Je dois bien avouer que l'ambiance new-age, c'est pas trop mon truc, le temps était donc parfois long, même si c'est évidemment agréable de voir danser de jolies filles
nues autour d'un feu dans une sorte de mini-Stonehenge puis sautant par-dessus le dit feu à s'en cramer la toison pubienne.
Anthony Shaffer, auteur de la pièce dont est adapté le film, a l'habitude du médium cinématographique puisqu'il a adapté Le Limier (Sleuth) tiré de sa propre pièce et écrit le scénario de Frenzy (Frenzy. Ca marche ! Ca maaaaaaaaaaaaaarche !). La renommée grandissante de The Wicker Man doit énormément à son statut de "film maudit" puisqu'ayant connu de nombreux problèmes lors de sa sortie (merci l'église catholique). Il existe donc 3 versions de respectivement 84 minutes (version d'origine), 99 minutes (director's cut datant d'une dizaine d'année après la sortie du film) et 117 minutes (director's cut datant de 2001). Je précise que c'est la seconde version que j'ai pu visionner. Emportons fourches et pieux pour punir ces producteurs ayant eu l'idée de faire un remake de ce film. Prévu pour 2006 et avec Nicolas Cage dans le rôle principal, il est évident que le mysticisme découlant du film va complètement disparaitre. En fait, d'après le synopsis que j'ai pu lire, ça ressemble vaguement à un Straw Dogs bis. Triste monde...
14 juillet 2005
Ne Vous Retournez Pas (Don't Look Now), 1973, Nicholas Roeg, USA
Synopsis :
Suite à la perte de leur fille, un couple part pour Venise. Le mari travaille à la restauration d'une église sous l'égide d'un évêque. Dans un restaurant, ils rencontrent deux soeurs dont l'une est aveugle. Cette dernière leur apprend que leur fille est toujours parmi eux... Les deux soeurs sont-elles démentes ? Des charlatans ? Ou disent-elles la vérité ? Mais n'oublions pas l'évêque qui semble bien plus concerné par une oeuvre supérieure que celle de la restauration de l'église. Ainsi que tous ces cadavres repêchés dans les canaux de Venise.
La difficulté est grande quand il s'agit de faire une véritable analyse de Ne Vous Retournez Pas. D'abord à cause de sa complexité demandant d'innombrables visions (ainsi qu'un stylo et un calepin pour notez tous ces petits détails qui ont leur importance) et ensuite parce que ce serait dévoiler une grande partie du film, pas toutes les clés évidemment, et l'aura mystérieuse qui s'en dégage s'affaiblirait quelque peu. Une chose est sûre, la première fois qu'on regarde le film de Nicholas Roeg, mieux vaut ne pas trop en savoir. Peu importe le fait qu'on ne comprenne pas tout (décidément après Primer, on va me prendre pour un con, mais ne vous réjouissez pas trop vite, vous verrez quand vous serez face au film), on se laisse porter par l'ambiance étrange crée par cette Venise quasiment vide, par le jeu (sur)naturel des acteurs. Je ne dirai surtout pas : "avec un formidable Donald Sutherland", car comment pourrait-il en être autrement ?
Nicholas Roeg nous offre, car offrir est encore le verbe qui convient le mieux pour un tel film, une oeuvre tout à fait particulière, qui ne ressemble à rien d'autre, totalement impossible à cataloguer car réfutant tous les genres existant. C'est grandiloquent mais ça prend à contre-pied les giallos de l'époque, ça parle de double-vue mais ça n'est pas fantastique, ça a pour sujet la tentative de surmonter la mort d'un être cher mais ça n'est pas un drame. Virtuose du montage et de la photographie, Roeg commence son film par une intro époustouflante et d'une intelligence rare. Le montage....tout le film repose là-dessus et rend Ne Vous Retournez Pas son film le plus abouti sur son travail sur l'espace et le temps (les films de Roeg n'ont pas de passé, pas de futur mais un seul temps, purement cinématographique - par le fait du montage - simultané). Destabilisant au début mais jouissif une fois que le spectateur est totalement immergé (dans les canaux). La moindre séquence propose de nombreux et vertigineux symbolismes (eau, verre, sang, notez, notez je vous dis) aboutissant à quelque chose d'une richesse prodigieuse.

Image servant à augmenter la taille de l'article.
Adapté (librement je suppose) d'une nouvelle de Daphné du Maurier, le film verse forcément plus dans la psychologie que dans l'action primaire. On est promené par le rythme lentement calculé qui joue avec nos nerfs afin de nous clouer sur place lors d'un dénouement inattendu et effrayant. Demandez aux gens qui ont vu Ne Vous Retournez Pas il y a des années et des années quel effet cela leur a fait et ils vous répondront quasiment tous que les derniers plans les hantent encore. En tout cas, pour ma part, difficile de s'endormir juste après. C'est tout de même frustrant de ne pas pouvoir en dire davantage sans gâcher le plaisir des, peut-être, futurs spectateurs.
P.S : ne surtout pas regarder le dos de l'édition DVD de Studio Canal (collection 13ème Rue) qui spoile connement la fin du film. Un grand manque de professionnalisme de la part de l'éditeur.
12 juillet 2005
Primer, 2004, Shane Carruth, USA
Synopsis :
Installé dans le garage de l'un d'entre eux, 4 amis mettent au point un appareil qui n'aura pas la fonction qu'ils avaient prévu au départ.
Budgeté à 7000$, fait avec 3 bouts de ficelle, quasiment amateur, Primer a remporté le Grand Prix du festival de Sundance l'année dernière. Première constation au lancement du film : impossible de deviner qu'on a à faire à quelque chose de "non-professionnel" tant le soin porté à l'image (superbe photographie aux couleurs brûlées) et au jeu des acteurs, d'habitude le point faible de ce type de production, fait illusion. La mise en scène ample et sobre, mais se permettant parfois quelques expérimentations, achève de nous convaincre qu'on est face à des gens brillants (on apprendra plus tard qu'ils s'étaient roulés dans de la poudre phosphorescente; bilan : 38 morts). En particulier Shane Carruth, l'instigateur du projet, crédité comme scénariste, réalisateur et producteur et qui fait jouer de nombreux membres de sa famille dans le film.
Mettons les choses au clair : je n'ai absolument rien compris à Primer. Enfin si, pendant un moment puis j'ai été largué par les divagations théoriques des deux acteurs principaux. Durant la première partie du film, on est face à quatre personnes bidouillant de l'électronique, résolvant des équations, tentant de construire quelque chose. Quoi ? On n'en sait absolument rien. Beaucoup d'efforts sont donc demandés pour ne pas lâcher prise dès le début. En cela, Primer est exigeant, surtout qu'il privilégie un angle scientifique et rationnaliste par rapport à toutes les thèses que le film soulève. Pour tout dire, les compères vont s'apercevoir que leur appareil, à la base conçu pour recréer un espace sans atmosphère (enfin selon moi, jamais ils ne le disent franchement), s'avère finalement être une sorte de caisson hermétique créant des trous dans l'espace-temps. Qui dit voyage temporel, dit complexité de l'intrigue de par les paradoxes que cela peut engendrer. Là, c'est encore pire et c'est à partir de ce moment que j'ai perdu pied. Car jamais on n'entend : "alors là on fait un retour en arrière de 10 heures pour pouvoir faire telle chose et pendant ce temps nos doubles à cette époque ceci cela", rien n'est expliqué, à nous de nous démerder. Alors ça fait plaisir de voir un film qui ne prend pas les spectateurs pour des cons mais j'ai besoin d'aide ! HEEEEEEEEELP ! Les 15 dernières minutes furent un vrai casse-tête pour mon cerveau dans le plus pur "maintenant-tout-se-met-en-place-vous-allez-pouvoir-comprendre-le-pourquoi-du-comment" style sauf que, hélas, ça n'a pas marché avec moi. C'était même encore pire. Etant masochiste de naissance, j'ai apprécié le fait d'être complètement paumé dans ces sphères temporelles nébuleuses. Et cela tout en évoquant comment cette "découverte" va mettre à mal la relation entre les deux acteurs principaux (pas pour de vrai hein). Un film qui fait réfléchir des jours et des jours après sa vision, c'est quand même formidable.
Totalement ancré dans une atmosphère réaliste, Primer annihile toutes les séquences inhérentes au genre : pas d'effets spectaculaires, pas de rencontre entre les doubles temporels (la méthode utilisée pour éviter cela est ingénieuse, et incroyablement simple), pas de tentatives de vouloir changer le passé. Tout est purement fait dans un but scientifique et remet en cause pas mal de fondements sur des notions telles que l'espace-temps ou les coincidences (moi j'ai remis en question la bible en invoquant le fait que Jésus était mort du téthanos à cause de la lance de Longinus, je suis depuis fiché par le Vatican comme anti-chrétien notoire).
Une expérience ahurissante.
20 juin 2005
Repo Man, 1984, Alan Cox, USA
Synopsis :
En aidant quelqu'un à voler une voiture, Otto, jeune punk sans avenir, devient Repo Man contre son gré. Koitèce ? Cela consiste à récupérer les biens de gens ayant des dettes, et dans le cas d'Otto : les voitures. Le métier n'est pas sans danger et quand une récompense est offerte pour qui trouvera le premier une Chevy Malibu 1964, les ennuis vont vraiment affluer. Surtout quand on a comme concurrent les frères Rodriguez et des agents secrets du gouvernement.
Qu'y a-t-il dans le coffre de cette voiture ?
Considéré comme LE film culte de la punk generation des années 80, Repo Man représente sa décennie à la perfection. C'est pas pour rien si Iggy Pop a accepté de composer le thème principal (nanananananananana, à peu près ça). Tu mets le film dans ton lecteur : "ah, ça date des eighties ça !" Tout y est : la bande-son efficace (Circle Jerks, Black Flag, Suicidal Tendencies), le look, la décontraction, Emilio Estevez, Harry Dean Stanton. Misant tout sur le fun, Repo Man oublie d'être cohérent. Les persos se retrouvent à un endroit puis directement à un autre selon les volontés de l'histoire, certaines séquences on un goût d'inachevé, on a souvent l'impression d'assister à une succession de sketchs. Et on s'en fout !
Malgré son impression de bordel organisé (ou pas), le film aligne les idées grandioses. Tous les produits de consommation sont étiquetés avec leur nom par exemple : BEER sur les canettes de bière (à savoir que tous les Repo Men du film, sauf Otto, ont des noms de marques de bière), FOOD sur les boîtes de conserve, CIGARETTES sur les paquets de cigarettes, etc... Le running-gag avec les punks braquant des magasins et des pharmacies est hilarant, et quand on se rend compte l'intérêt qu'il a dans la narration pour procéder à un recoupement dans la dernière partie du film, on se dit qu'Alan Cox était pas si torché que ça lors de l'écriture du script (et encore plus quand on voit la gueule des dialogues, les bons mots fusent de partout). Les relations et interactions entre les personnages sont juste prétextes à une débauche de grand n'importe quoi. En effet, d'une scène à l'autre, on peut se serrer les coudes puis se balancer du café brûlant dans la tronche (SPOILER la fille qui s'acoquine avec Emilio Estevez et qui après s'être fait kidnapper par les agents du gouvernement se met à torturer le pauvre Emilio avant de vouloir redevenir sa petite amie, faut pas chercher à comprendre FIN DU SPOILER).
On a donc une histoire à base de savant fou kidnappeur d'extra-terrestres de Roswell, de sapins odorants de voiture de police (et de moto !), de frère Rodriguez cons comme leurs pieds, de télé-évangéliste détrousseur, de coffre tueur et d'Emilio Estevez à la boucle d'oreille en croix (oui, ça lui donne l'air super crétin). Pas besoin d'en dire davantage...








