26 octobre 2005
Bataille dans le Ciel (Batalla en el Cielo), 2005, Carlos Reygadas, Mexique
Synopsis :
Marcos, chauffeur d'un général, et sa femme ont kidnappé un enfant qui meurt accidentellement. Dans un autre monde, Ana, la fille de son patron, se prostitue par plaisir. Hanté par sa conscience, Marcos se confesse à elle, à la recherche de réconfort.
A force de faire trainer tous les plans, de montrer des choses inutiles, de ne garder que les moments en creux, de faire preuve de beaucoup beaucoup de maniérisme, le film peut énerver, il est fait pour ça même. Il y a dedans une des séquences les plus irritantes qu´il m´ait été donné de voir : un plan fixe très très long sur deux persos en train de "discuter" avec des dizaines de réveils en train de sonner, chaque phrases étant séparés d'une trentaine de secondes. Mais de façon à ce qu´on soit content d´être irrité, oui c'est assez compliqué à expliquer. Donc je ne le ferai pas. Et je m'en frotte les mains, que ce soit dit ! Le film fait réagir, c´est déjà ça. Il est impossible de passer à côté du formidable travail effectué sur le son avec une spatialisation de tous les instants (surtout la séquence dans la station-service avec ce long panoramique où les sons se télescopent dans un fracas bruyant). D'ailleurs, des panoramiques il y en a énormément, et souvent à 360° comme pour figer le temps plus qu'il ne l'était déjà de par le rythme relativement lent du film. Une séquence basée là-dessus m´a particulièrement plu : on passe dans un point de vue semi-subjectif, la caméra opérant un panoramique latéral aller-retour suivant le regard d´un des persos qui examine les gens passant devant lui, puis encore un aller et au second retour, le personnage est maintenant devant la caméra pour revenir à un point de vue objectif sans que la caméra ne bouge de son axe. Dit comme ça, ça parait con mais il se dégage une grande force de ce passage.
Il faudrait aussi ne pas oublier les acteurs principaux dont les visages ne décrivent jamais aucune émotion, ils restent impassible du début à la fin et ce quoi qui leur arrive. Comme pour stigmatiser le désespoir de tous les habitants de Mexico. Batalla en el Cielo est avant tout un film contemplatif (contemplation de la ville et ses flux, contemplation analytique d'une classe sociale, contemplation d'un échec individuel) mais en même temps viscéral et déchirant. Un véritable acte de foi en la puissance du cinéma.
Je ne parlerai pas des scènes de sexe très crues, ni de la fellation non simulée et en gros plan de début et de fin, ça a déjà été assez répété, scandale de Cannes et tout le toutim (les pauvres choux). Et en plus, c'est magnifiquement bien filmé (trop mis en scène même selon certains, ce qui veut tout et rien dire). Carlos Reygadas (dont je n'ai pas vu le fameux Japón que beaucoup qualifient comme Tarkovskien, ce qui ne peut que me pousser à le regarder) mérite que je dise son nom au moins une fois dans la critique : Carlos Reygadas. Maintenant ça fait deux et jamais deux sans douze.
Trailer
Carlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos ReygadasCarlos Reygadas
01 juillet 2005
Whisky Romeo Zulu, 2004, Enrique Piñeyro, Argentine
Synopsis :
Romeo, né à Stockholm de parents Péruviens, est voleur de pousse-pousse à la tire. Alors qu'il commet un nouveau méfait devant l'ambassade d'un pays lointain, la malchance le fait tomber sur un pousse-pousse piégé. Soufflé par l'explosion, il atterrit dans une usine désaffecté ou il découvre une distillerie de whisky abandonnée par les Templiers pendant la Guerre du Golfe. Là, il entend chantonner un SDF. Son nom est Serguei, il est Irlandais et a fait carrière au music-hall où il reprenait des standards latinos avec l'accent allemand ("ach, paila paila la Pampa"). Sans le sou, ils décident tous les deux de refourguer tout cet alcool clandestinement dans les mines de diamant en Afrique du Sud. C'est sans compter sur Super Zoulou qui va tout faire pour les en empêcher.
Ceci était la première version du script qui a été remanié car refusé par les producteurs qui la jugeait trop politiquement engagée. Voilà donc la seconde version :
Norbert, zoulou d'origine bretonne, lance le commerce de la crêpe au cidre au milieu de la savane. Désespéré par le peu de bénéfices qu'il engrange, il décide d'acheter des actions de Clan Campbell à la bourse de New-York.
Seconde version également rejetée pour cause cette fois-ci de procès avec la marque de whisky. Désemparé par tant d'incompréhension, le réalisateur décide lui-même d'écrire le scénario. Par coincidence, le titre du film correspond au nom de code d'un avion s'étant crashé en 1999. L'affaire avait fait un grand tapage à l'époque en Argentine, mettant en cause la compagnie elle-même. Le film se propose de suivre ce qui a précédé l'incident selon le point de vue d'un des pilotes de cette compagnie.
Démarrant par un montage alterné en partie en vue subjective, le film tente d'impliquer le spectateur afin que naisse une certaine complicité et un brin de sympathie, comme pour le fabuleux plan final d'Escape from Los Angeles de John Carpenter, quand Snake regarde la caméra et nous propose une cigarette. Enrique Piñeyro, qui incarne également T., le pilote bourré de remords se révoltant contre les méthodes odieuses de la compagnie dont il fait partie, mêle pour ce premier film en tant que réalisateur romance, film social et suspense. Tout ce qui concerne la relation amoureuse donne un peu l'impression d'avoir été rajouté au dernier moment mais reste obligatoire pour que l'intrigue générale aboutisse, ce n'est pas désagréable mais ça détonne tout de même un peu par rapport au reste. Ce reste étant plutôt sérieux bien que parfois traversé par une petite touche d'humour jamais déplacée.
T. (dont on ne saura jamais le nom) est donc un pilote dégoûté par la mentalité de sa compagnie privilégiant le profit plutôt que la sécurité. Les vols se font sur des appareils défectueux, les techniciens "oublient" parfois de placer des extincteurs ou des gilets de sauvetage ("perte d'argent") et les pilotes n'ont qu'à acquiescer et se taire pour ne pas se faire renvoyer. A tout moment, un avion est prêt à s'écraser, on pourrait presque qualifier les pilotes de kamikazes puisqu'au courant des risquent qu'ils prennent. Mais T. ne l'entend pas de cette oreille (de l'autre non plus) : il refuse fréquemment de décoller à cause de flaps manquant (euh....oui), d'horizons en panne (tout à fait) et de rack7 bis W flip flop en pénurie de viandox (ou était-ce une vis rouillée, je ne sais plus trop, j'éviterai désormais d'inhaler des vapeurs d'éther avant d'aller au ciné, c'est un pêché mignon assez contraignant) et rédige quantités de rapports, inutiles puisque mis de côté par la direction. Son comportement anarchiste va mettre à mal toutes les relations qu'il entretient, que ce soit au niveau amical ou sentimental (familial, il n'en a aucunes, pas d'attache. Non, trombone non plus). A la façon de 21 Grammes, le film mélange le passé (comment on en est arrivé à l'accident) et le présent (l'enquête, les menaces subies par l'inspecteur) sans jamais en faire mention. Ca reste cependant plus linéaire, clair et limpide que dans le film d'Inarritu, le but n'étant pas de perdre le spectateur dans un maelström de sous-intrigues reliées entre elles. Whisky Romeo Zulu se conclue par des vidéos d'archives montrant les conséquences de l'explosion. Histoire de montrer qu'on est pas là pour rigoler. Et en effet ça marche. On rigole pas quoi.
On ne peut rester insensible à toute cette galerie d'enfoirés (oui là je m'énerve) et d'hypocrites que constitue les personnes haut-placées de la compagnie aérienne LAPA (au début appelée LAMA mais un P fut mis à la place du M après que le comité des Lamas Argentins ait déposé une plainte pour de misérables problèmes de droit. Et oui, on a beau brouter de l'herbe et vivre en haute-montagne, on en reste pas moins implacable). A plusieurs reprises j'avais envie d'en chopper un par le col et lui arracher les deux yeux, étant mal placé, je n'en ai malheureusement pas eu l'occasion. Le générique de fin en rajoute encore une couche pour bien montrer que ce sont des gentils pas beaux en mélangeant documents d'archives (à nouveaux) réels et fictifs : des interviews des dirigeants, de T... Forcément manichéen mais totalement obligatoire pour faire comprendre à quel point ces salauds se foutent bien du prix de la vie humaine.
Le cinéma argentin a de beaux jours devant lui. Oui, cette phrase est d'une banalité affligeante, même moi je la renie, mais son utilité est de montrer que le film possède énormément de qualités et qu'il serait dommage de passer à côté sous prétexte qu'il vient d'un pays pauvre, moche et con (est-il sérieux ou pas là ? Mince, j'en pisse dans mon caleçon Auchan en papier journal recyclé parfumé à la violette).
27 juin 2005
L'Eté où j'ai grandi (Io Non Ho Paura), 2003, Gabriele Salvatores, Italie
Synopsis :
L'été dans un paisible village du Sud de l'italie. Michele a dix ans et joue à avoir peur avec ses copains... Rien ne semble pouvoir troubler ces moments d'innocence. Et pourtant, au fond du trou, il découvre un terrifiant secret. Michel ne se doute pas qu'il est devenu le témoin d'un abominable crime qui changera le regard qu'il porte sur ses proches.
Pour tout dire, quand j'ai visionné le film, je pensais avoir le droit à quelque chose penchant fortement vers l'horreur et l'extrême violence (ce qui m'a donc donné envie de le regarder, no comment). Je rejette la faute sur ces critiques incapables de pouvoir cerner un film dans les 2 premières lignes, oui car je n'allais pas lire la suite en prenant le risque de me faire spoiler. Alors évidemment, quand on s'attend à ce que l'intrigue se transforme en vigilante-flick au détour de chaque scène, on est un peu déçu. C'est complètement stupide de ma part, bouh qu'il est vilain, il mériterait presque qu'on l'empêche de regarder la suite de Dolmen ce soir, le formidable feuilleton pour octogénaire en fin de vie. Je vais donc tenter de faire abstraction de mes à-prioris pour parler du film, vu qu'il le mérite amplement.
J'ai appris aujourd'hui même que Io Non Ho Paura sortait en France durant le mois d'août. Encore une sortie technique comme les vacances d'été en sont remplies visant uniquement à préparer la sortie DVD. Le film date tout de même d'il y a 2 ans, il serait temps de se réveiller un peu. L'intrigue se situe dans l'Italie rurale des années 70, période où le contexte politique était assez marqué par de nombreux enlèvements d'enfants. C'est à cette époque qu'ont surgi toute une vague de polars nerveux, violents et excessifs totalement imprégnés de l'atmosphère houleuse qui régnait alors et réalisés par des grands noms comme Enzo G. Castellari, Umberto Lenzi, Sergio Martino ou Fernando Di Leo (qui signa plusieurs scénariis pour Leone et Corbucci). Tirée d'un roman, lui même inspiré d'une histoire vraie, l'histoire colle au corps du petit Michele, innocent et insouciant, qui va découvrir la véritable facette du monde des adultes. Un film sur l'enfance donc, celle qu'on regrette d'avoir à jamais quitté, contre son gré qui plus est. Quand le jeune garçon découvre ce qui se cache au fond du trou (non, pas de la merde), à la peur va alors succèder la curiosité. Mais il va vite regretter d'avoir voulu en savoir plus. Tout son monde va s'écrouler autour de lui, même ses amis vont l'abandonner et ce secret (qui n'en sera pas un très longtemps mais comprenez bien que je ne vais pas en dire trop) sera son seul refuge. Le film est également un formidable hymne à l'amitié, la vraie, pour laquelle on est prêt à faire tout mais surtout n'importe quoi. Ancré totalement du point de vue de Michele, on peut alors penser à Rosemary's baby, le système permettant de créer une certaine paranoïa puisque qu'on ne sait pas vraiment comment et pourquoi les autres personnages agissent de telle façon.
Filmé dans un Scope resplendissant et magnifié par les couleurs chatoyantes des champs de blé et du ciel azur, Io Non Ho Paura est ce que l'on appelle dans le jargon des spécialistes du cinéma italien avec des enfants qui découvrent des secrets dans des trous à côté de champs de blé et en-dessous du ciel : un film techniquement super chiadé. Ce qui veut tout et rien dire en fait. Fast and Furious, c'est techniquement super chiadé et c'est aussi naze que de porter un bonnet de bain quand est curé et numismate. Comme je ne vois pas trop quoi ajouter vu que mes souvenirs sont assez lointains, je vais simplement signaler que ce cher Gabriele Salvatores a également réalisé Nirvana en 1997 avec dans le rôle principal Christophe Lambert. Ne jamais juger un cinéaste sur un seul de ses films donc...
Je n'ai pas trouvé le trailer original alors à la place vous aurez le droit à l'hallucinant trailer ricain transformant cette histoire simple et émouvante en thriller machiavélique au suspense implacable. Ridicule.
Ridicule, j'ai dit.


