Shoot and Kill

A History of Violence

29 septembre 2005

Retour de flemme

Allez, je vais pas me gêner, je remets le couvert. Et personne peut se plaindre vu que je suis protégé par un des versets du Nouveau Testament. Lequel, je ne sais pas, mais il existe, j'en suis persuadé.
L'immunité biblique, le nouveau refuge des persécutés.

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Marathon (Mar-a-ton), 2005, Jeong Yun-cheol, Corée du Sud

Le film coréen évènement de 2005. Une petite production sans prétention qui se retrouve d'un coup en tête du box-office et lamine tout les autres films en arrivant à un total de 5 millions de spectateurs ! Il s'est depuis fait dépasser par Welcome to Dongmakol de Park Kwang-hyun (un des segments de No Comment) et produit par Jang Jin (dont le nouveau film ne devrait pas tarder à sortir).
La raison d'un tel succès ? Et d'une telle surprise surtout. Hé bien il n'y en a pas vraiment, peut-être que les coréens avaient envie d'un film positif, mettant en exergue des valeurs telles que la détermination, la volonté, le dépassement de soi. Marathon relate l'histoire d'un jeune autiste adepte de course à pied et ayant décidé de courir le marathon de Séoul. Où est-ce sa mère qui l'a décidé pour lui ? C'est en fait le sujet principal du film. La mère du personnage principal est plutôt possessive et pense savoir ce qu'il y a de mieux pour son fils sans forcément tenir compte de son avis.
Alors oui le film est touchant, mais ne m'a pas tant bouleversé que ça. Je suis devenu insensible. Bouhouhouh. Non je ne sais pas, peut-être un ras-le-bol devant les films qui cherchent la larme à tout prix.

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Paradise Now, 2005, Hany Abu-Assad, Israel

Un film tentant de montrer à quoi ressemble les gens se cachant derrières ces attentats sauvages, ceux qui se font appeller kamikazes, ce n'est pas si fréquent que ça. Encore faut-il que ça tienne la route et ne penche pas d'un côté de la balance comme de l'autre. La première partie est intéressante en cela qu'elle lorgne vers le film de genre avec suspense à la clé. Mais la seconde partie se perd dans des dialogues pompeux à base de sentences sur le conflit israelo-palestinien. Pour ça je peux mater les débats télévisés merci, sauf que là je peux zapper au moins. Trop démonstratif donc, ce qui est dommage vu que le parti-pris initial était plutôt pertinent et évitait toute subjectivité.
Petit détail important et totalement sans intérêt par rapport à la qualité intrinsèque du film : l'actrice principale est à croquer. Voilà, c'est dit.

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Indiscrétions (The Philadelphia Story), 1940, George Cukor, USA

Une des comédies clés de l'âge d'or du cinéma Hollywoodien. Les acteurs s'amusent, cabotinent à souhait et rivalisent de malice et d'auto-dérision. Surtout l'éblouissante Katharine Hepburn ravie de faire tourner la tête de tous les mâles présent dans le casting, autrement dit : James Stewart ,Cary Grant et John Howard. A la base, ce devait être Spencer Tracy et Clark Gable à la place des deux premiers, ce qui aurait été dommage pour James Stewart vu qu'il y remporta l'Oscar du meilleur acteur. Si on aime le vaudeville, on atteint l'extase, sinon, on peut quand même se dire que plus jamais on aura de films de ce genre, fins, racés et subtils.

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Showgirls, 1995, Paul Verhoeven, USA

Notre hollandais fou aurait commis une bouse ?! Meuh non et c'est même le film le plus cynique qu'il ait jamais fait. Il ne se passe pas une scène sans que l'on sente le foutage de gueule de Popol. Je plains franchement les gens qui regardent Showgirls au premier degré. On a quand même un pitch cliché (quelqu'un partant de rien pour devenir la plus grande star de Las Vegas), une fille qui s'enfuit en courant dès qu'elle est contrariée, des mecs qui sont tous des enfoirés (sauf celui qui d'apparence en est un et finalement non, Robert Davi donc, membre 12 du clan des gars se rasant au chalumeau). Ce qui est encore plus amusant c'est que Elizabeth Berkley débarque à Las Vegas et fout la merde, gâche la vie de tout le monde, mais à elle, il ne lui arrive rien en fait si on y regarde bien. C'est quand même culotté de placer en personnage principal d'un film sur la réussite l'individu le plus fade du film et qui finalement n'arrive à rien. C'est Verhoeven.

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27 septembre 2005

Critiques Express

Pas d'idées ? Rien à dire sur un film ? La flemme d'écrire ? Aucun soucis, les critiques express (marque déposée) vont me permettre de lyncher un film en 5 lignes dans la plus pure tradition française. Formidable !

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Land of the Dead, 2005, George A. Romero, USA

Attendu comme le messie par les zombiephiles de l'ancienne génération, Land of the Dead est franchement en deça de ce que tout le monde espérait. Reste un actioner (parce que c'est bien de ça dont il s'agit) carré, sec et sans fioritures qui aurait très bien pu être réalisé par Big John dans les années 70/80, loin des productions récentes du genre donc, c'est pas plus mal. Et aussi la bonne surprise de voir des séquences plutôt craspec pour un film aussi bien distribué. Pas mal mais peut mieux faire. Ouah la conclusion facile du mec qui prend de haut hé.

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Bullets over Summer (Baau Lit Ying Ying), 1999, Wilson Yip, HK

Le haut du panier du neo-polar HK, misant tout sur les relations humaines et le réalisme (enfin on est à HK quand même). Wilson Yip signe un film assez étrange de par le fait qu'au bout de 20 minutes l'intrigue policière se mue en comédie (dramatique) de moeurs quand les deux flics utilisent l'appartement d'une vieille dame comme planque. Pour mieux revenir à sa forme initiale dans la toute dernière partie. Il n'y a que deux gunfights dans tout le film mais orchestrés avec maestria (superbe casse). Bullets over Summer a permis à Francis Ng d'être véritablement reconnu en tant qu'acteur et de faire partie de ceux sur qui il faut compter, avec Lau Ching-Wan bien sûr.
Wilson Yip vient de réaliser SPL (Sha Po Lang) qui, d'après les premières projections, pourrait bien être le meilleur film HK depuis une quinzaine d'année. Un polar bien hard-boiled avec Donnie Yen et Samo Hung, déjà là ça fait mal, et des combats sanglants. Tout pour (me) plaire donc.

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Un Seul Bras Les Tua Tous (One-Armed Sworsdman), 1967, Chang Cheh, HK

Premier volet de la trilogie du Sabreur Manchot (qui en comporte bizarrement trois, alors que lui n'a qu'un bras, la vie est injuste), Un seul bras les tua tous introduit de façon remarquable la mythologie de ce célèbre personnage, adaptée moultes et moultes fois au cinéma (et dont The Blade de Tsui "Dieu est parmi nous" Hark est un des plus beaux, sinon LE plus beau, fleuron), et on retrouve avec plaisir tout ce qui fait le charme des productions Shaw : les décors de studios kitsch et chaleureux, les rebondissements naïfs, les combats sans merci, le mièvre qui côtoie l'horrible. Du cinéma populaire de qualité. Sûrement un des films les plus représentatifs de la Shaw des 60's. Parfait pour ceux qui veulent découvrir tout un pan de l'industrie cinématographique HK.

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Le Bras de la Vengeance (One-Armed Sworsdman Return), 1969, Chang Cheh, HK

Inférieur à son prédecesseur de par sa construction sur-linéaire, Le bras de la vengeance envoie par contre le bois au niveau des combats. Ca n'arrête pas une seconde. Ce qui aurait pu être une grosse boucherie jouissive se transforme hélas en une succession de séquences plates de par leur répétitivité. En fait il faut regarder le film en se demandant ce que Chang Cheh va bien pouvoir trouver ensuite. Des armes plus démentes (matez les jolis enjoliveurs crantés sur la capture), plus de morts, plus de sang. Mais ca ne suffit pas. Dommage.

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The Jacket, 2005, John Maybury, USA

Hop, un thriller moderne pseudo-alambiqué de plus. Teinté de SF en sus. Le concept est intéressant, dommage que ce ne soit pas exploité à fond. En fait je me suis fait plutôt chier, le film n'est pas nul, loin de là, mais rien ne m'a bousculé durant les 2 heures qui se déroulaient devant mes yeux las. Ah si, une chose quand même : Keira Knightley devrait éviter de jouer des rôles sérieux. Surtout avec un acteur brillant comme Adrien Brody en face d'elle. Parce que la voir :
- se mordiller la lèvre pour faire style "je réfléchis"
- gueuler avec une voix d'homme pour faire style "je m'énerve"
- montrer ses nichons pour faire style "je suis une femme maintenant et je joue dans des films matures"
ça va 5 minutes et c'est ça qui m'a complètement sorti du film. Ca parait con mais c'est incroyablement insupportable. Et l'adverbe "incroyablement" me permet d'insister sur l'adjectif "insupportable". Merci la grammaire française.

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Perdita Durango, 1997, Alex de la Iglesia, Mexique/USA

Alors je ne sais pas s'il s'est servi du roman original de Barry Gifford ou de son adaptation en BD par Bob Callahan pour le film, mais le côté "too much" de certaines séquences me fait pencher pour la seconde solution. En même temps, c'est un peu un pléonasme, Alex de La Iglesia n'est pas réputé pour sa sobriété. Il faut que ça gueule, que ça gesticule, que ça bouge. De film en film, on retrouve les mêmes défauts (rythme surtout) et les mêmes qualités (direction d'acteurs, volonté de surprendre), c'est pour ça qu'on l'aime notre gros nounours barbu. Pour ceux qui ne connaissent ni le roman, ni la BD (haaaaaaaan) ça parle de vaudou, d'enlèvement, de sorcellerie et d'amour. Tout ça à la sauce mexicaine. Relevée donc. J'explique pour ceux qui n'auraient pas saisis.

Ah ben jusque là, ce système me plait bien. Hop, adopté à l'unanimité de mon unique voix qui est la mienne.

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25 septembre 2005

Promethea d'Alan Moore et J. H. Williams III

Une fois n'est pas us (parce que coutume en a marre qu'on lui dise qu'il n'est pas une fois), je vais parler BD. Déjà parce que c'est une des passions de mon trio maléfique et complémentaire (cinéma, musique, BD) et ensuite parce que je viens de lire la quasi-totalité d'une oeuvre monumentale : Promethea d'Alan Moore et J. H. Williams III (c'est écrit dans le titre en plus, fou ça).

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   #13 - page 14                                                     #13 - page 21    

J'ai rarement (jamais ?) lu une bande-dessinée aussi intelligente, profonde et riche thématiquement. Ca parle de l'origine des rêves et de leur vie en dehors des moments où ils existent à travers nous, de l'esprit et son imprévisibilité, de l'imagination et son infinité de possibilités ainsi que son interaction avec le monde des rêves précités, de magie (celle à laquelle on ne croit pas et qui existe malgré tout), de la relation entre un auteur et ses personnages, de la notion de création et ce qu'elle implique dans l'imaginaire collectif, de la naissance de l'univers et de sa fin prochaine, de science, d'ésotérisme, de mythologie, de philosophie, de croyance, de religion. Promethea brasse tellement d'idées que c'en est épuisant. Le cerveau d'Alan Moore est encore plus labyrinthique et ambigu que je le pensais. Des oeuvres telles que V for Vendetta, Watchmen ou From Hell témoignent de la grande intelligence du personnage mais Promethea est différent dans le sens où ça va beaucoup plus loin que raconter une "simple" histoire (simple étant banni du vocabulaire de Moore), l'ambition est tout autre et ne pourra être véritablement définie que lorsque l'on sera arrivé au bout du chemin. Le dernier volet (#32) est paru en Mars mais je n'ai pas eu l'occasion de le lire. Bon, il y a quand même de temps en temps un fil conducteur basé sur une intrigue (mouvements occultes, tueur sanguinaire, équipe de super-héros curieuse) mais c'est uniquement pour que le lecteur ait des repères, repères qui petit à petit vont disparaitre pour laisser la place à une succession de séquences psychédéliques et psychotroniques. Une oeuvre exigeante mais passionnante.

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#16 - pages 12 & 13 

Promethea est une jeune fille dont le père est tué par des fanatiques chrétiens à Alexandrie en 411 avant Jésus-Christ. Elle va suivre les Dieux Thoth et Hermès dans le monde d'Immateria, un plan parallèle n'étant rien d'autre que le lieu où s'épanouit l'Imagination. Elle ne sera plus une fillette mais une histoire vivant pour l'éternité. La légende de Promethea se manifestera alors dans d'innombrables récits, picturaux ou non, du 19ème et 20ème siècle où chaque auteur lui donnera l'apparence qui correspond le plus à sa personnalité. Les gens deviennent l'incarnation de Promethea quand eux ou quelqu'un proche d'eux relient leur identité à la représentation de Promethea, s'y personnifient.
Sophia Bangs, le personnage principal, deviendra à son tour Promethea en faisant des recherches pour sa thèse sur ce qu'elle pensait être jusqu'alors un simple personnage de fiction. Elle va rencontrer les autres incarnations de Promethea imaginées par les auteurs qui l'ont utilisée dans le monde d'Immateria.

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#17 - pages 8 & 9

Cette "base" (qui pour n'importe quelle autre auteur aurait fait plusieurs bouquins) va permettre à Moore et Williams de proposer une réflexion sur l'imagination et la création artistique. De ce fait, on peut y voir les personnages traverser des non-cases (je parlerai de l'incroyable travail graphique ensuite) pour naviguer d'un style graphique à un autre. Moore avait déjà utilisé ce procédé dans Supreme mais en séparant les segments. Ici, tout est mélangé et on a parfois 3 styles différents sur la même page (cf. le passage avec les cartes de tarot divinatoire). Les idées sont nombreuses (et c'est pas peu dire) comme l'hommage au Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay qui frôle la perfection (signé Eric Shanower, grand monsieur de L'Age de Bronze), un chapitre complet en format à l'italienne où une sorte de gélatine gigantesque dévaste la ville en référence aux séries B des années 50 en Cinemascope ou ce Weeping Gorilla Comix, cause d'une grande vague de suicide, et ses panneaux parsemant la ville où l'on voit un gorille en larme s'apitoyant sur son sort accolé à un phylactère proposant une sentence cynique (du genre "Ce Tamagochi me faisait confiance" ou "Elle a eu la maison et la garde des enfants, J'ai eu la voiture").
Le travail effectué sur le découpage et la narration est proprement hallucinant, pas une page ne ressemble à une autre. Ca joue sur les décors, les mouvements, l'espace et le temps, les formes, Williams laisse libre cours à sa créativité, explose les cases, ajoute des motifs pour combler les vides. C'est somptueux. Il n'est malheureusement pas connu du grand public malgré son incroyable série Chase aux délires expérimentaux et essais narratifs complètement dingues. Il forme avec Chris Sprouse (Tom Strong) et Gene Ha (Top Ten) un des éléments majeurs du nouvel univers d'Alan Moore : ABC (America's Best Comics, Moore n'est pas réputé pour son humilité). Que ce soit la peinture à l'huile, les collages  ou l'insertion de personnages réels dans des décors dessinés, tout est maitrisé. On pourrait comparer ça au travail de Dave McKean mais c'est tout de même moins abstrait.
De toute façon ça ne se raconte pas, ça se lit. Ou se regarde, tout simplement.

Pour l'instant, seuls les 12 premiers comics ont été édité en France. Ils ont été regroupé en 3 tomes par Semic. Un gage de qualité donc. Enfin, quand ils n'arrêtent pas la publication d'une série avant la fin.

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#32 - fin de la série sous forme d'un poster dépliant double-face regroupant les 34 pages


Extrait (#5 – page 11) :

- Attend. Pour commencer, je suis dans un hôpital en train d'imaginer cette conversation, c'est juste ?

- Oui. Ton corps est localisé physiquement dans l'hôpital et tout ceci est imagination. Mais pas ton imagination cependant. L'imagination.

- "L'imagination" ? Tu présentes ça comme s'il n'y en avait qu'une seule.
-
C'est tout à fait cela. Il y a un monde matériel et un monde immatériel. Ils existent tous deux mais d'une manière différente. Par exemple : les chaises existent tout autant que l'idée de chaise.
- Eh bien... ouais, mais... les imaginations de chacun sont distinctes, non ? Tout le monde a son propre espace mental bien à lui ?

- Bien sûr, Sophie. Tout comme la maison est un espace physique bien à soi. Mais les territoires extérieurs appartiennent à tous.

- Mais si l'esprit est comme un territoire... chaque fois que quelqu'un suit une idée...
- Il foule un chemin d'Immateria. Les humains sont des amphibiens, Sophie. Cela veut dire qu'ils vivent dans deux mondes à la fois : la matière et l'esprit.
 

(cliquez sur les vignettes pour les agrandir, comment ça c'est évident ?)

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23 septembre 2005

Opération Peur (Operazione Paura), 1966, Mario Bava, Italie

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Synopsis :
Une petite bourgade allemande est victime d'une malédiction et vit dans la terreur.

Grosse grosse déception pour ma part. Opération Peur est considéré par beaucoup comme le meilleur film de son auteur or, je m'y suis incroyablement ennuyé. En fait, je ne suis même pas sûr d'avoir suivi ce qui se passait durant les 15 dernières minutes du film, des trucs incroyables j'imagine. Formellement, c'est de toute beauté avec une utilisation des couleurs magnifique, une musique qui met bien dans l'ambiance gothique du film et des décors poisseux superbement photographiés. Les 20 premières minutes m'avaient mis en confiance, me faisant penser à du Lovecraft avec son village digne d'Innsmouth. Et du Lovecraft live, moi j'en demande tous les jours. Mais ce qui s'ensuit m'a beaucoup moins intéressé avec son intrigue à base de sorcellerie, de revenant vengeur, ça vient surtout de moi je pense, ça n'a jamais été ma tasse de thé les histoires de fantômes. Surtout que c'est mené de main de maître, rien à dire là-dessus, mais impossible pourtant de m'y impliquer.
Mario Bava se permet quelques excentricités stylistiques, comme dans tous ses films, comme par exemple ce superbe plan dans le cimetière où la caméra zoome puis dézoome plusieurs fois de façon parabolique pour ensuite laisser apparaitre les jambes d'une fillette faisant de la balançoire et surplombant le site. En 10 secondes, Bava résume toute l'intrigue du film et de son spectre ayant main mise sur le village par la peur qu'il y institue et par conséquence droit de vie et de mort. Fort.
Et puis si on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'Opération Peur est une influence pour grand nombre de réalisateurs. Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre où Kubrick a emprunté le look des fillettes de l'Overlook Hotel, où Tim Burton a capté l'essence de tout le pan gothique de sa filmographie, où David Lynch a trouvé l'inspiration pour le final de Twin Peaks (la série, pas le film). Même si c'est plus ou moins consciemment. Il y a cependant un metteur en scène qui revendiquait ses emprunts au cinéma de Bava, c'est Fellini. Il a en effet repris dans son sketch des Histoires Extraordinaires le personnage de la fillette au ballon et a toujours eu le bon goût de reconnaitre le génie du cinéaste.

Trailer (pour bientôt)

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Collision (Crash), 2004, Paul Haggis, USA

collision

Synopsis :
Le destin croisé, ou non, de plusieurs personnes dans un Los Angeles plu intolérant que jamais.

Paul Haggis a la côte depuis le succès public et critique de Million Dollar Baby. Ca lui a peut-être donné la grosse tête, le fait est qu'il écrit et réalise ce Collision plutôt ambitieux tentant de rassembler toutes les formes de racisme et de préjugés afin de montrer que tout n'est pas blanc ou noir (il y a des chinois aussi). Dommage que son projet se retourne contre lui-même à force de trop vouloir en faire. Tout les évènements sont un peu trop téléphonés ce qui rend le film bêtement prévisible de bout en bout. Dès le début d'une scène, on sait comment se finira l'histoire avec ces personnages. Et puis peut-être qu'un film choral de plus (genre que j'adore) à Los Angeles n'était pas la meilleure solution, surtout quand des oeuvres telles que Short Cuts de Robert Altman et Magnolia de Paul Thomas Anderson ont défriché le terrain auparavant.
Alors oui, Collision est efficace, bien huilé, Paul Haggis connait bien ses cours de scénariste mais moins ceux de metteur en scène car l'émotion qui est censée transparaitre est du coup totalement absente, sauf peut-être lors d'une séquence : celle de la fillette à la cape invisible (dommage qu'il ait eu besoin de faire un gros plan sur la boite de balles ensuite, une concession pour le grand public inutile). Et ce n'est pas en nous assénant des ralentis qui n'ont rien à foutre là et une musique horrible avec une voix féminine nous broyant la tête à grand coup de "wohohohoho yé hé hé hé yé hé hé hé" (phonétiquement ça marche) qu'on va tomber dans le panneau. En plus comment peut-on tomber dans un panneau, je veux dire, un panneau c'est debout et plat, ou alors il faudrait que le panneau soit renversé par terre et troué, là ok ce serait possible. Ou bien, je viens d'y penser à l'instant, le cerveau est une chose incroyable, il s'agit d'un panier de basket. Merci de votre attention. Ces effets insultant pour le spectateur un minimum intelligent entrainent parfois ce qu'on appelle communément le fou rire involontaire. Attention, je ne fais pas partie de ces spectateurs cyniques qui prenne une scène dramatique pour la retourner comme une crêpe en se gaussant dessus pour pouvoir cautionner sa critique avec un "regardez comme c'est nul, la preuve je me suis marré pendant le film" mais voir Sandra Bullock glisser en petites chaussettes sur son sol ciré pour faire un saut carpé (et donc muet) dans l'escalier est quand même bien fendard.
Il faut bien l'avouer, les qualités du film reposent avant tout sur les épaules des acteurs. C'est pour ça qu'ils marchent le dos voûté. Matt Dillon et Don Cheadle sont formidables. Mais ça on le savait depuis longtemps pour ce dernier.
Prochain film choral à Los Angeles : Southland Tales. Sauf qu'avec Richard Kelly (Donnie Darko) derrière la caméra et le casting qui compose le film, ça va être d'une toute autre trempe.

Trailer

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16 septembre 2005

Godzilla Final Wars (Gojira : Fainaru uôzu), 2005, Ryuhei Kitamura, Japon

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Synopsis :
Des monstres attaquent la Terre, des extra-terrestres tuent les monstres, Godzilla combat les extra-terrestres. Tadaaaaaaam !

Pour fêter les 50 ans de notre bêbête préférée, j'aurais préféré n'importe qui derrière la caméra plutôt que Kitamura. Mais ça, c'était avant de voir le film. Pour faire simple : Godzilla Final Wars fait partie des meilleurs kaiju eiga récents qu'il m'ait été donné de voir avec la trilogie Gamera de Shusuke Kaneko (aux oubliettes les Godzilla des 90's). Tout est là pour ranimer la nostalgie de l'époque Inoshiro Honda et consorts : les maquettes plus ou moins réussies, les mecs en déguisements caoutchouteux, les rebondissements naïfs. Un bonheur.
Je dois être assez maso je pense, je déteste le cinéma de Kitamura et je vois pourtant tous ses films. En même temps ça m'octroie plus de raison que quiconque de donner mon avis (négativement pas cool). Versus, Aragami (le Duel Project avec 2LDK, qui lui est bien sans plus, ce qui est mieux que "à chier avec mention"), Skyhigh, Alive, Azumi, pas un pour remonter le niveau. Même Heat After Dark est chiantissime alors qu'il ne dure que 45 minutes. Un exploit. En plus on me l'avait vendu comme son meilleur film, bravo. Mais là je suis obligé de ranger mes à-prioris bien au fond de mes poches, Godzilla Final Wars est une sorte de rêve d'enfant, le film que j'avais toujours voulu voir. Fun, décomplexé, jouissif, une certaine idée du bonheur. Une poursuite en moto nawakesque qui pourrait bien être MA scène d'action de l'année, un combat entre gros streums se terminant en partie de foot à échelle terrienne, j'en passe et Jacques intercepte. Mercenaires. D'acier. Hérazade.
On voit que Kitamura connait ses leçons kaijuiennes sur le bout du coeur ou par doigts malgré quelques réminiscences matrixiennes de mauvais aloi. Mais on ne lui en veut pas. Enfin moi je ne lui en veux pas. Qui peut se targuer, cette année en tout cas, de m'avoir fixé un sourire au visage pendant 2 heures ? Hein, qui ? Et ben oui personne. La musique de Keith Emerson est quant à elle un véritable plaisir coupable et régressif avec ses synthé Bontempi. Et voir Don Frye en militaire moustachu et véritable usine à punchlines l'est tout autant. Si on l'avait vu faire des prises de catch sur le E.T.'s je crois que ç'eut été le Nirvâna. Et vive Mothra la mite géante !
Alors oui c'est mal branlé et c'est moche (rhoo les CGI foireux, j'aurais jamais cru ça possible en 2005), mais qu'est-ce qu'on prend son pied !

Trailer
Extrait de l'OST

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09 septembre 2005

Otakus in Love (Koi no mon), 2004, Matsuo Suzuki, Japon

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Synopsis :
La rencontre de deux individus qui va tourner en je t'aime/moi non plus.

En voilà un drôle de film. Otakus in Love est bancal du début à la fin. Pas dans le genre raté, dans le genre "Et si on faisait un truc bancal exprès les mecs ?" Comme si tout pouvait se casser la gueule d'un moment à l'autre. Le but étant de destabiliser le plus possible l'auditoire. Le jeu des acteurs est à la limite du faux, la mise en scène oscille entre moments de grâces et mouvements abruptes, le scénario donne l'impression d'avoir été improvisé tout au long du tournage. J'en veux pour preuve ces multiples fins tout le long du film comme si ils pensaient en avoir fini et puis finalement non. Du free-cinéma en gros. Otakus in Love est l'équivalent cinématographique d'un John Zorn. Tout en restant un minimum mainstream, et ça, c'est fort quand même. En fait, le début est assez effrayant. Coolitude absolue, mise en scène branchouille, acteurs hype (Ryuhei Matsuda), ça tente de surfer sur la vague Go et consort. Les boules quoi. Et puis le boeuf commence et ça part pour de bon. Tout s'enchaine dans l'illogisme le plus joyeux mais il reste cohérent dans son incohérence. Farpaitement !
En plus de sa construction narrative radioactive (carrément ouais), le film a d'original de traiter le monde merveilleux des otakus, ce que peu osent faire de peur de s'attirer les foudres de cette communauté surpeuplée. Cosplay, karaoké de génériques, mangas, tout y passe. Aoki découvre se monde les yeux écarquillés, il n'y est pas à l'aise. Son univers ce sont les cailloux et les bizarreries qu'il fait avec. Et qu'il appelle manga. Koino est l'otaku lambda, deconnectée de la réalité (son seul point d'attachement est son travail ennuyeux de fonctionnaire), qui va embarquer Aoki là-dedans. Comme le suggère le jeu de mot du titre original, ils ne font qu'un.
Matsuo se permet toutes les folies : séquences musicales ou surréalistes, utilisation des codes mangakesques dans la mise en scène, split-screen pertinent. Et tout ça avec légèreté. C'est son premier film en tant que réalisateur mais on a pu le voir dans Ichi the Killer ou Ping Pong. Il incarne également un des acteurs principaux du film, un ancien mangaka ayant arrêté le dessin et tenant à présent un manga-bar. On notera plusieurs caméos surprenants comme les réalisateurs Shinya Tsukamoto et Takashi Miike (qui danse très bien, je l'en félicite).

Captures diverses
Site officiel
Ze cadeau surprise ultime

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07 septembre 2005

The Aggressives, 2005, Jeong Jae-eun, Corée du Sud

aggressives

Synopsis :
Le parcours de plusieurs jeunes dont la principale passion (et la seule en fait) est le roller. Vont s'ensuivre joies et désillusions.

Si vous aimez le roller ou les sports de glisse en général, vous adorerez The Aggressives.
Si vous n'aimez pas le roller ou que vous vous en foutez royalement (tel est mon cas), vous trouverez quand même votre compte grâce à un rythme soutenu du début à la fin, une mise en scène ample, efficace et collant parfaitement au sujet (peut-être parfois trop, on se croirait souvent dans un spot TV pour Tony Hawk) et des acteurs qui donnent envie d´être potes avec eux.
Les acteurs d´ailleurs, aucun d'entre eux ne fait de roller sérieusement et pourtant ils assurent grave. On voit dans le générique de fin leur entrainement et ils se paient de sacrés gamelles. Chapeau pour avoir persévéré jusqu'à arriver à un niveau si élevé et impressionnant. Car il faut savoir que ce ne sont pas des cascadeurs durant les scènes de roller, encore heureux vu que ça occupe la moitié du film. Encore bravo. Oui bravo. J'ai envie de dire bravo là, de faire des compliments, profitez-en jeunes gaillards, ça ne durera pas. Hop, fini.
Mais ce n´est pas qu'un film sur de jeunes branleurs passant leur temps à slider sur tout et n´importe quoi (des escaliers, une rampe, un rhododendron, un sandwich, des espadrilles, ma grand-mère), on y voit des ados/pré-ados/post-ados (on ne sait pas vraiment) ne se préoccupant pas de leur avenir, pensant qu´ils sont loin de tout ça, et se rendant compte au fur et à mesure que retarder l'échéance de la vie active ne sera pas possible éternellement (paf, dans ma gueule). Ils sont déconnectés de la réalité pour la plupart et ne font que vivre pleinement leur passion. Mais plus on progresse dans l'histoire et plus les relations vont s'assombrir, de "ouais tape m'en 5 brother on partage tout même les slips" on passe à "le roller c'est ma vie tu peux pas comprendre /y a pas que le roller dans la vie tu veux pas comprendre" et un certain désenchantement apparait. Malgré le fait que l'on soit dans un film relatant les déboires d'une bande de jeunes adultes, on aura pas de romance et vas-y que je chiale, tu chiales, il chiale, mais pourquoi il chiale, ah parce que je chiale, oh regarde c'est marrant ils chialent tous. Et ça, c'est bien.
Je ne me rendais pas compte à quel point faire ce genre de sport était mal considéré en Corée du Sud : les flics interviennent à tout bout de champ, les gens les prennent pour des marginaux. Vraiment étonnant. La société n'accepte pas les gens qui ne suivent pas le troupeau et vont dans la même direction, c´est peut-être un peu pareil ailleurs mais là c´est encore pire.
A savoir que Jeong Jae-eun a précédemment réalisé le sympathique et très sensuel Take Care of My Cat et il y a vraiment un fossé entre les deux. Pour prendre un exemple concret c'est comme si James Ivory se mettait à faire du Tony Scott. En gros.
2005, une bonne cuvée. Ah ouais dis donc.

Ah, et 12 points bonus (ce qui nous fait arriver à un score de 654, désolé mais vous êtes au-dessus du juste prix, au revoir la cafetière) pour la jolie actrice (Jo Yi-jin) dont c´est là le premier film. Rien que pour elle, jetez vous sur The Aggressives. Les mecs tout du moins. Les mecs qui aiment les asiatiques au sourire d'ange.

Trailer
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Posté par dirty_flichty à 02:30 - Corée du Sud only - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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