20 août 2005

Torremolinos 73, 2003, Pablo Berger, Espagne/Danemark

torremolinos

Synopsis :
Alfredo Lopez est vendeur d'encyclopédies au porte à porte et fatigué par son métier. Le directeur des éditions Montoya décide de booster son entreprise en proposant des films érotiques déguisés en vidéos d'éducation sexuelle destinées au Danemark. Alfredo convaint sa femme et se prend pour le nouveau Bergman. Puis, lassé par ces films, il se lance dans un grand projet : un long-métrage intitulé Torremolinos 73. Tout ne se passera malheureusement pas comme prévu.

Encore un film qui laisse à penser que le cinéma espagnol est sûrement le plus intéressant actuellement en Europe. Torremolinos 73 est un film généreux, drôle, plein d'enthousiasme mais en même temps plutôt désanchanté et amer. Le couple décrit dans le film n'est pas malheureux, juste victime du train-train quotidien. Ils lisent uniquement des ouvrages édités par l'éditeur où travaille le mari, ont une vie sexuelle assez morne, se disputent sur le fait d'avoir un enfant, Carla, sa femme, passe ses journées à se faire houspiller dans son salon de beauté . Alors quand Alfredo a l'opportunité de changer tout ça, il agit, quelle que soit la façon d'arriver à ses fins. Carla, elle, est prête à tout pour avoir un enfant et gagner beaucoup d'argent les aiderait beaucoup à l'élever dans de bonnes conditions. C'est le début d'une grande série de films (soit-disant) éducatifs : Carla en mariée ou en footballeuse, Alfredo en employé du gaz. Les 30 premières minutes du film m'ont permis de garder un gros sourire sur le visage durant tout ce temps, pas que le reste soit moins drôle mais ça verse plus dans le tragicomique voire parfois tragique tout court (toute l'histoire de l'enfant, le thème principal du film en fait, le fil rouge). Il y a de toute façon Carlos, l'homme fouine/victime, qui assure la bonne humeur durant toute le métrage (Juan Diego, vu dans Le Crime Farpait d'Alex de la Iglesia).
Ces films "éducatifs" vont bien évidemment changer leur vie de couple et apporter une nouvelle dynamique dans leur sexualité jusque là un peu triste. Mais le véritable déclic qui va tout bouleverser chez Alfredo c'est la découverte du cinéma d'Ingmar Bergman (le danois qui leur apprend à filmer a soit-disant été un de ses caméraman fétiches). A partir de là, il va se découvrir une véritable passion pour la réalisation en se matant en boucle ses plus grands films. Incarné par Javier Camara (Rafi, "l'adjoint" de Torrente, dans le film du même nom, j'adooooore ce mec), Alfredo est un homme formidable, du genre avec qui on a envie d'être ami dès qu'on lui parle. Pour prendre l'exemple contraire, Jack Palance quand tu le vois, t'as pas envie d'être pote avec, encore moins de lui parler, en fait je crois que t'as même pas envie de le croiser dans la rue. D'abord assez naïf et innocent par rapport au monde dans lequel il vient d'entrer, il va rapidement devenir une bête féroce, une machine à tuer, il est le seul, il est unique : The Sentinel. Sûr de lui, le scénario qu'il va écrire (une sorte de relecture du Septième Sceau de Bergman) sera sa seule raison d'être pendant que sa femme pleure l'impossibilité pour le couple d'avoir un enfant. La délaissant un peu, il saura cependant trouver la tendresse suffisante pour la rassurer (pour la mettre dans sa poche diront certains, bande de cyniques !).
Malgré le sujet, jamais le film ne verse dans la vulgarité. Pablo Berger s'efforce de trouver les angles empêchant d'apercevoir un pénis furtif (mais pas non identifié, à moins qu'il vole de ses propres ailes trop étouffé par la main de son propriétaire), rend les séquences de copulation touchantes et un peu naïves (comme le couple donc). Même l'insertion (le mot est bien trouvé je pense) de zoophilie est fait avec intelligence et bon goût (et éclats de rire). Par contre, on ressent un peu, voire beaucoup parfois, de gêne. Car ces séquences vu par le biais de la caméra offerte par les éditions Montoya (Super 8 s'il-vous-plait !) nous place en position de voyeur, nous introduisant (décidément) dans l'intimité (oh, c'est bon là !) du couple. En se situant dans l'Espagne puritaine franquiste des années 70, le film trouve la toute sa substance (non là trop c'est trop).
Niveau mise en scène, c'est sobre (si on enlève les séquences en caméra subjective), les cadrages sont ciselés comme il faut (lorsqu'ils débarquent à Torremolinos et tout particulièrement l'hôtel, c'est magnifique). Pour comparer du côté du cinéma espagnol à tendance sociale (mais d'une façon que les français ne savent décidément pas faire : sans verser dans le misérabilisme), j'ai préféré Torremolinos 73 au Crime Farpait. Je ne saurais pas expliquer pourquoi...ou si : juste parce que.

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Posté par dirty_flichty à 00:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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