06 juillet 2005

Rabid Dogs (Cani Arrabiati / Semaforo Rosso), 1974/1996, Mario Bava, Italie

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Alors que Riri menaçait Loulou avec un gant en cuir (en cuiiiiir !), Fifi cherchait
des cailloux en forme de moulin à vent pour offrir à son chirurgien transformiste.

Synopsis :
Après un braquage sanglant, les membres d'un gang prennent la fuite en ayant la présence d'esprit d'emporter une otage avec eux. Les évènements s'enchainant et empirant, ils détournent une voiture transportant un enfant malade en plus du conducteur. La ballade sauvage (copyright Terrence Malick) peut commencer...

Rabid Dogs fait partie de la catégorie des films maudits, catégorie dans laquelle on peut ranger La Forteresse Noire de Michael Mann et Le 13ème Guerrier de John Mctiernan. Invisible pendant plus de 20 ans à cause de problèmes juridiques, le film ne sortit qu'en 1996. En effet, Mario Bava n'ayant pas les moyens de se payer le permis lui permettant de filmer les autoroutes entourant Rome, il a joué les terroristes cinématographiques (comme Chris Marker l'avait fait à maintes reprises) et tourné sans autorisation. Interdiction de sortir Rabid Dogs à l'époque donc. C'est seulement en 1996 que son fils, Lamberto Bava, pu récupérer les droits du film afin de monter et tourner de nouvelles scènes à l'aide des indications que lui avait laissé son père. Ayant vu le montage original seulement agrémenté du nouveau générique, je ne peux pas trop critiquer le résultat. Mais connaissant le fiston, il n'a pas pu s'empêcher de caser des gnomes ou des chiens démons avec nez de clown et bave fluo à la gueule. En tout cas, s'il était sorti dans les années 70, le film aurait été taxé de meilleur polar italien de l'époque, j'en suis intimement persuadé.
Rabid Dogs est l'unique film de Mario Bava prenant place dans le monde réel, à une époque définie et dans des lieux existants. Habituellement versé dans l'horreur gothique, la sur-stylisation et l'artifice à outrance, l'expérience qu'il a eu avec Rabid Dogs a dû le dissuader de recommencer. Dès le générique on est dans le bain (enfin la douche là en l'occurence) : la silhouette d'une femme en larme derrière un rideau rose, puis travelling arrière rythmé par les pleurs incessants. Début du film et le malaise est déjà présent. Après une séquence d'action assez mollassonne (le père Bava n'est pas un habitué du genre), le huis-clos commence vraiment. 1h30 dans une voiture. Avec n'importe quel tâcheron, ça aurait donné quelque chose d'extrêmement chiant mais là, la tension ne retombe jamais. Des dialogues au cordeau, des acteurs pétant les plombs (on vient à s'en demander s'ils jouent vraiment), une gestion de l'espace ahurissante (on est dans un break et les points de vues et autres axes sont innombrables), Rabid Dogs joue dans la cour des grands.
Meurtres, violence sadique, humilation s'enchainent mais sans gratuité, sans complaisance. Mario Bava teste la patience du spectateur : en aura-t-il assez ou au contraire son instinct voyeuriste va-t-il faire surface ? Rabid Dogs est un polar qui sent le sang, la sueur et la pisse. Un film viscéral, rempli de haine mais également de sincérité. Chaque plan possède la marque de son auteur. On remarque qu'il s'intéresse beaucoup plus aux sales gueules qu'aux victimes, lâches et pathétiques. Mais sans jamais les rendre sympathiques. Au contraire, leur comportement devient de plus en plus dégueulasse (c'est le mot le plus juste) au fur et à mesure du film. Le conducteur, Riccardo, aura beau s'évertuer à tenter de les calmer, les seules réponses qu'il aura seront un couteau sous la gorge et des insultes. La fille elle, Maria, est un véritable pantin gesticulant au bon gré de Blade et Thirty-two, les deux affreux qui la tourmente presque jusqu'au viol. L'impuissance à laquelle ils font face se transmet forcément au spectateur qui ne peut que se résigner à serrer les dents en espérant qu'enfin ils aient l'occasion d'agir. La fin est surprenante à plusieurs égards et ne doit surtout pas être racontée.
Je concluerai en parlant du formidable thème de Stelvio Cipriani, présent durant quasiment toute la totalité du film (et non je vous l'assure, ce n'est pas lassant), qui reste forcément dans notre tête sans qu'on ne puisse rien y faire. A savoir qu'il a réutilisé sa partition de La police à les mains liées (La Polizia ha le Mani Legate, 1974, Luciano Ercoli) en la modifiant légèrement. Même chose pour What have you done to your daughters (la Polizia Chiede Aiuto, 1974, Massimo Dallamano). 2 autres excellent polars qui plus est.

Le thème principal (qualité merdique car extrait du générique du film)

Posté par dirty_flichty à 21:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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